‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 208 sur 258 · LIVRE Vil. — LES VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE Vil. — LES VOYAGES

très et les chasseurs \ découvrait ça et là des hutles et des fermes écartées, dont les habitants, n'ayant peut-être jamais mis le pied dans une ville, mais dérobés par leur isolement complet à toutes les influences du raffinement et de la corruption de l'état civilisé, avaient conservé toute la simplicité et Tinsouciance des premiers âges ^.

Mais le grand nombre des voyageurs se bornaient, sans doute, à visiter les villes, dont les moindres, celles même qui étaient déjà tombées à moitié, ou complètement, en ruines, n'avaient pas cessé d'être riches en monuments et débris du passé, pendant que d'autres villes, d'une impor* tance majeure , avaient en partie conservé leur ancien éclat, ou même continué de s'agrandir et de s'embellir, sous la domination romaine. Athènes surtout, même après la ruine complète de sa prospérité matérielle', resta incomparablement belle, dans sa morne solitude^; si bien que le démon de la jalousie, au dire d'Ovide, pleurait de dépit à la vue de la splendeur irréprochable de celte ville ^.

Le visiteur romain, même le moins sensible à l'impression des beautés de l'art , ne pouvait se soustraire au charme des admirables chefs-d'œuvre dont l'âge de Périclès avait orné Athènes*; après cinq siècles d'existence ils paraissaient encore comme neufs et fraîchement sortis des mains de l'artiste; le temps ne les avait pas entamés.

^ Dion Chrysostome, Orat., I, p. 11 M.

3 Ibid,, XXXI, p. 348, 27.

^ Horace, Épitres, II, 2, 81 (vacuas. . . Athenas).

^ Métam., II, 795. — Voir, en outre, la belle description du bois sacré et de la source du mont Hymette (Art d'aimer, III, 687), et la relation du voyage entre les fies, du même poëte {Ibid., II, 79}.

^ Cicéron, à Atticus^ V, 10, 5; 11, 4. — Properce, III, 21, 29, etc.

et, d'après le parfum de virginité qui s'exhalait de ces merveilles, on eût dit qu'elles étaient animées d'une éternelle jeunesse, inépuisable dans sa fleuri Adrien, auquel Athènes dut une splendeur nouvelle^, les Antonins^ Hérode Atticus, ornèrent la ville de nouveaux édifices d'une grande magnificence, bien que très-inférieurs aux chefs-d'œuvre plus anciens. Mais non-seulement la ville, toute FAttique n'était pas moins resplendissante des beautés de la nature que de celles de l'art, et partout on y sentait le souffle caressant et léger de la grâce*. L'aspect riant des champs cultivés et des vallées, l'éclat et la majesté du profil des montagnes, produisaient un effet d'autant plus magique que l'air était plus pur et plus transparent, le jour plus vif et plus lumineux^. Une excursion en mer, sur les côtes de cette contrée, était comme un beau rêve; elle purifiait l'âme en quelque sorte , et relevait comme pour la préparer à jouir avec recueillement du superbe coup d'œil sur la ville d'Athènes même*.

Si Athènes attirait l'ami de l'art, des antiquités et de la science, Corinthe avait un attrait non moindre, quoique d'une autre nature. Le contraste entre ces deux villes présentait, à maint égard, de l'analogie avec celui qui existe aujourd'hui entre Rome et Naples. Dans la première tout était grave et silencieux, et l'on ne rencontrait partout que monuments et souvenirs de la grandeur du passé; dans la seconde, au contraire, tout était moderne, et la

1 Plutarque, Périclès, chap. xiu, 3.

^ Pausanias, I, 20, 4.

3 Aristide, Orationes, XHI, p. 183 J.

* /Wrf., p. 187, etc.

* rbid., p. 100, etc.

« Ibid., p. 97.

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