LIVRE VII. — LES VOYAGES
au monde de la fable. On se complaisait, d'ailleurs, dans des imitations en grand de Farchitecture et des sites de l'Egypte, comme celle de Canope, qu'Adrien fit exécuter dans sa villa à Tibur^ ou celles d'un labyrinthe et de Memphis, sur un domaine de Septime Sévère 2. Et de même que la nature, en Egypte, offrait toujours et partout les mêmes aspects merveilleux , de même les monuments de ce pays sont les plus anciens, les plus gigantesques et les plus étonnants que l'antiquité connût.
Le temps paraissait impuissant, dans sa marche, à l'égard de ces montagnes de pierre artificielles , de ces temples énormes, de ce dédale immense de galeries et de caveaux taillés dans le roc^ de ces forêts de colosses et de sphinx et de ces murailles innombrables couvertes de peintures aux couleurs éclatantes et d'inscriptions mystérieuses. C'étaient toujours les mêmes objets, regardés avec étônnement, décrits et dépeints par des milliers de curieux et d'observateurs, depuis des siècles, et c'était pourtant toujours nouveau, toujours également imposant. Il n'y avait pas là de constructions ni de créations modernes, faisan tort à l'unité de ces ouvrages surhumains, attendu que même l'architecture des temples nouveaux et les sculptures récentes étaient modelées sur les anciens types, et que l'on continuait, comme par le passé, d'y faire usage des hiéroglyphes^. Dans ce pays, enfin, s'étaient maintenues nombre de coutumes étranges, inouïes dans le reste du monde, notamment en ce qui touchait
1 Vie <V Adrien^ chap. xxvi.
2 Marini, Àtti degli fr. Arv., p. 556 : Qui locus appellatur Memphi... Voir aussi ibid.^ p. 628, et Gruter, 1080, 3.
' Letronne, Recueil d'inscriptions, etc., [I, p. 210. — Les ruines de la ville d'Antinoupolis, fondée par Adrien, font cependant exception.
le culte et Tadoration des animaux, laquelle devait, on le comprend , exciter surtout la curiosité et Fétonnement des étrangers. Aussi, l'intérêt pour l'Egypte resta-t-il non-seulement toujours vivant, mais aussi toujours le même , quant à sa nature et à son objet. Jusque dans les derniers temps de l'antiquité, les récits et les rapports ayant celle contrée pour sujet furent ceux qui sonnaient le mieux aux oreilles des Grecs, comme certainement aussi à celles des Romains , et les auditeurs ne tarissaient point en questions sur les pyramides , les tombeaux des rois et toutes les autres merveilles de ce pays de fables ^ .
A plus forte raison l'Egypte excita-t-elle toujours vivement, comme but de voyage, la curiosité des empereurs et des princes, dont la plupart étaient, sinon exclusivement, du moins principalement poussés par l'intérêt que leur inspirait le pays à entreprendre ces tournées, sur plusieurs desquelles nous reviendrons plus loin. Ainsi Germanicus, en l'an 89. Caligula^ et Néron' projetèrent, tous les deux, des voyages en Egypte, le premier mu par une prédilection pour Alexandrie. Si Vespasien * ne put étendre celui qu'il y fit d'Alexandrie à l'intérieur, c'est que probablement le temps lui manqua pour cela, comme il avait manqué à LucuUus^. Titus vit au moins Memphis®, Marc-Aurèle et Lucius Vérus visitèrent aussi l'Egypte, selon toute apparence ^ , Adrien y fit un voyage avec Sabine , en Tan
1 Héliodore, Éthiopiques, II, 27.
2 Philon, Ad Caium, p. 595 M.
3 Suétone, ISéroriy chap. xix et xx.
^ Le même, Vespasien^ chap. vu.
^ Plutarque, Lucullus^ chap. ii.
fi Suétone, Titus, chap. v.
7 Letronne, Recueil des inscriptionSy II, p. 310.