‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 222 sur 258 · LIVRE VII. — LES VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — LES VOYAGES

de gens des tribus les plus éloignées de l'Asie et de l'Afrique, en plus grand nombre que dans aucune autre ville du monde. On y voyait des Éthiopiens, des Libyens et des Arabes à côté de Scythes, de Perses, de Bactriens et d'Indiens ^

La situation d'Alexandrie, favorable comme nulle autre, sur le littoral d'une contrée pourvue d'immenses ressources, mais n'ayant, sur la Méditerranée, pas d'autre port sûr, depuis Joppé jusqu'à Parétonium, ligne de côtes de 8,000 stades, et à l'embouchure de Tunique voie fluviale de l'Egypte, sur les confins de deux parties du monde, et rapprochée plutôt qu'éloignée de la troisième par une mer intérieure pleine de sinuosités \ voilà ce qui faisait de celte ville le plus grand entrepôt commercial de l'ancien monde et comme la seconde métropole de l'empire romain* , où Antioche n'occupait que le troisième rang *. fiétà hésitait entre ces deux villes dans le choix d'une nouvelle capitale. Au temps de Diodore, Alexandrie passait même , auprès de bien des gens, pour être la première cité du monde, avec laquelle Rome n'aurait, paraît-il, encore pu rivaliser alors ^. Cependant, au temps d'Hérodien, Carthage aussi se releva, de manière à pouvoir rivaliser avec Alexandrie*. C'est toutefois seulement après que l'Egypte fut devenue une partie intégrante de cet immense corps de domination, que sa capitale parvint à jouir de tous les avantages de sa position. Le commerce y prit aussitôt un puis-

1 Dion Chrysoslome, Orai., XXXII, p. 373 M.

3 Ibid., p. 372.

3 Ibid. — Aristide, Orat., XIV, p. 205 /.

*■ Josèphe, Bellum Jud.^ III, 2, 4.

B Diodore, XVII, 52.

« Hérodien, VII, 6, 2.

sant essor. Les importations de FArabie et de Tlnde y montèrent, dès les premiers temps du règne d'Auguste, au sextuple de ce qu'elles avaient été sous les derniers Ptoiémées. Strabon rapporte^ qu'à l'époque où il accompagna Ëlius Gallus dans son expédition (en 24 av. J.-C.) , environ cent vingt navires partaient annuellement de l'Egypte , pour aller chercher des marchandises dans Flnde, tandis que, précédemment, on n'en comptait pas plus d'une vingtaine. L'importation des produits de l'intérieur de l'Afrique ne s'accrut pas moins'. Or, le débit des marchandises qui formaient l'objet du transit d'Alexandrie vers l'Italie et tout l'Occident, ne peut qu'avoir augmenté considérablement encore, avec les progrès du luxe et de la civilisation dans les provinces, pendant les premiers siècles. Caravanes et flottes marchandes y apportaient^ chaque année, les trésors du Midi et de l'Orient, ainsi que des pays les plus reculés, encore placés dans le domaine de la fable et du merveilleux. Tout ce que le monde connaissait de plus rare et de plus précieux y était déposé en masses. La poudre d'or, l'ivoire et l'écaillé de tortue du pays des Troglodytes, les épîces de l'Arabie , les perles du golfe Persique, les pierres précieuses et la toile fine dite byssus de l'Inde , la soie de la Chine, toutes ces marchandises , avec une infinité d'autres, de la plus grande valeur pour la plupart, étaient réex- . portées de cette place, pour être ultérieurement revendues, à Rome et ailleurs, en partie au centuple du prix d'achat.

A côté de ce commerce embrassant le monde et qui non-seulement faisait vivre , mais enrichissait des milliers d'hommes, dépuis le grand négociant jusqu'aux simples

1 strabon, II, 4, 10, p. tl8.

2 Le môme, XVH, 1, 13, p. 798.

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