LIVRE VII. — LES VOYAGES
ans plus tard du moins, étaient ceux du cirque et du théâtre, et, à parties farces et les représentations des jongleurs, c'est surtout la danse et la musique que le peuple y aimait avec passion ^ La musique alexandrine était célèbre dans le monde entier, depuis le siècle d'Auguste^; on prisait notamment les joueurs de flûte ^ et de cithare *, ainsi que les chanteurs de cette ville ^, dans laquelle la musique devint un objet d'enseignement public ®. On la regardait comme une panacée universelle '^^ et les prouesses des chanteurs, des cantatrices et des harpistes y transportaient les masses jusqu'au délire^. L'intérêt passionné qu'on prenait à l'issue des courses de chars y conduisit aussi, souvent, à des scènes tumultueuses et même sanglantes^, d'autant plus que les classes inférieures devaient, parfois, arriver au spectacle dans un certain état d'ivresse, causé par l'usage immodéré d'une bière d'orge, que Ton y goûtait fort^®. En général, la plèbe d'Alexandrie était des plus dangereuses, non-seulement comme toute populace d'un grand port de mer, mais parce qu'elle était tout particulièrement un mélange bâtard, formé de l'écume des diverses nations dont elle procédait. Il suffisait d'une étincelle pour mettre le feu aux matières inflammables de ce volcan; un rien pouvait changer cette ville de luxe,
1 Dion Cassius, /. c, 361 M, etc.
2 Ovide, Art d'aimer, III, 318 : Niliacis carmina [lusa modis. — Voir aussi dans Martial, III, 63 (Cantica Nili).
3 Properce, IV, 8, 39. — Tacite, Annales, XIV, 60.
» Pétrone, chap. xxxv.
6 Julien, Lettres, 56.
7 Dion Chrysostome, l. c, 367 31.
8 Ibid., 371 M y etc.
0 Ibid., 384 M, etc.
10 Ibid,, 387 Al (description de pareils tumultes dans un centon homérique}. — Voir aussi Vargès, p. 72.
avide de plaisirs, en un sauvage et bouillant chaos d'éléments en fermentation ^ Aux moindres sujets, tels qu'un salut non rendu, une saisie de denrées alimentaires, le refus de faire droit à une requête insignifiante, le mécontentement e^^cité par la punition d'un esclave, des masses de peuple s'attroupaient, les armes étincelaient , les pierres volaient de tous côtés ^^ et, bien que ces émeutes* de la rue se terminassent quelquefois par des chansons ^ , il fallait néanmoins plus d'une fois, pour réprimer le désordre, faire marcher des corps de troupes considérables *.
Probablement le fanatisme religieux des Égyptiens occasionnait, assez souvent, aussi des troubles^, et, bien qu'Adrien, comme nous l'avons déjà dit, ne vît avec raison, sans doute, dans leur religion qu'un mélange confus de croyances judaïques, chrétiennes et païennes, qui s'explique très-bien dans le plus grand entrepôt maritime du monde d'alors ® , ces croyances n'en contrastaient pas moins entre elles , et les contrastes , envenimés et renforcés par les antipathies de races, durent, dans l'occasion, amener des explosions telles que la grande persécution des Juifs sous Caligula, décrite par Philon ^.
i Philon, In Flaccum, p. 519 Af et 537 (au sujet de la persécution contre les Juifs, organisée par le perturbateur Isidore). — Vargès, De statu uEgypti, p. 48. .
^ Histoire Auguste, les trente Tyrans, chap. xxn (Émilien).
3 Dion Chrysostome, l. c, p. 383 M.
*■ Dion Casàius, LXXVIII, 35. — Sur les troupes romaines qui formaient la garnison d'Alexandrie, voyez Vargès, p. 67, etc.
^ Diodore, I, 83. — Vie d* Adrien, chap. xii : Alexandrina seditione turbatus, quœ nata est ob Apin.
® Vie de Saturnin, chap. viii.
f Voir aussi Josèphe, B, J., II, 18, 7.