LIVRE VU. — LES VOYAGES
à laquelle ils étaient consacrés. Ainsi, la source du Clitumné, dans FOmbrie, attirait les visiteurs autant par son caractère sacré que par sa teauté même ^ Du pied d'une colline, couverte de cyprès, elle s'échappait, transparente et froide comme la glace , avec un éclat verdâtre, dans lequel se miraient les frênes de ses deux rives, puis ne tardait pas à devenir, en s'élargissant, une rivière navigable, bordée de maisons de campagne. Un vieux temple et une multitude de chapelles s'élevaient près de l'endroit où elle pretid naissance; les murs et les colonnes du sanctuaire étaient couverts d'inscriptions tracées par les visiteurs, qu'il avait particulièrement le privilège d'attirer en trèsgrand nombre^, mais qui ne manquaient pas non plus, sans doute , auprès d'autres sources et rivières , remarquables par leur beauté^. Parmi les grottes et les cavernes les plus célèbres, on citait celle de Coryce, au Parnasse, que Pausanias^ appelle la plus grande et la plus curieuse qu'il eût jamais vue, et une autre du môme nom , près de la ville de Coryce , en Cilicie , mais qui était évidemment moins une caverne proprement dite qu'une gorge couverte^.
Pausanias n'a pas mentionné celle-ci, mais décrit trois autres grandes cavernes dans l'Asie Mineure. Que le sen-
1 Pline le Jeune, Lettres, VIII, 8. — Sur les médailles qui ont été trouvées dans dès sources et des rivières, voyez Bull, de Vlnst.^ 1853, p. 82.
2 Suétone, Caligula, chap. xliii : Cum ad visendum nemus fluroenque Clitumni Mevaniam processisset.
3 Ainsi Pline {Hist, nal., III, 117) dit : Padus. ... visendo ponte profluens.
* ^ Strabon (XIV, 5, p. 671) en a fait une courte, Pomponius Mélâ (I, 13) une plus longue et très-poétique description.
timent de la nature, chez les anciens, crût reconnaître, dans ces voûtes hardies, avec leurs bizarres stalactites et autres formations de pierres étranges, les demeures de dieux, mais surtout de nymphes; que Ton crût distinguer, dans le bruissement des eaux, ruisselant ou tombant goutte à goutte du haut, ou s*écou1ant dans les profondeurs de ces grottes, des accents d'une musique démoniaque; que, dans ce mystérieux demi-jour ou dans l'obscurité, sans autre guide que la lueur blafarde d'une torche, on fût saisi d'une vague terreur, tout cela se comprend * ; aussi , toutes les grottes d'étendue majeure étaient*elles, très-probablement, consacrées à certaines divinités, dont on y plaçait, dans ce cas, les images^.
La vénération pour les bois sacrés et les arbres distingués pour leur haute antiquité et leur taille gigantesque y est tout aussi naturelle. Pausanias énumère les arbres les plus anciens de la Grèce, qui y remontaient jusqu'à la nuit des temps, comme le sauleàSamos, le chêne à Dodone, et l'olivier sur l'Acropole d'Athènes^; Pline, les plus gigantesques, dans le creux de quelques-uns desquels il y avait largement place pour plusieurs hommes*. Cicéron, cependant, en parle sur un ton plus léger ^. On visitait beaucoup , évidemment, des arbres tels que ce beau pin-pignier de rida, d'environ deux cent vingt pieds de haut, qui était devenu proverbial et qu'avait déjà décrit le premier Attale
1 Pomponias Mêla, l. c. : Terret ingredientes sonita cymbalorum divinîtus et magno fragore crepitantium. — latra spalium est, magis ut progredi quispiam ausit horribile et ideo incognitum.
2 Pausanias, L c.
8 Le môme, VIII, 23, 4.
* Histoire naturelle^ XII, 9, etc.
^ De legibus, 1,1.