‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 246 sur 258 · LIVRE VII. — LES VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — LES VOYAGES

de Pergame^ ; ou, en Lycîe, Fénorme platane dans le Ironc creux duquel Licinius Hucien prit son repas, avec douze convives. Un autre platane célèbre, près de Gorlyne, dans la Crète, avait inspiré à des poètes latins et grecs des pièces de vers, que l'on attachait probablement au tronc de l'arbre dont elles chantaient la gloire. C'est sous cet arbre que, d'après la tradition, Europe avait reçu les embrassements de Jupiter ^.

Un autre point, qui influait essentiellement sur la vogue de curiosité de certains lieux, c'était la célébrité qu'ils devaient à la poésie et à la littérature. La description d'un site était-elle devenue le thème favori des écrivains et des poëtes, ce qu'ils en avaient dit ne manquait jamais d'y faire affluer les visiteurs en nombre toujours croissant; or, c'était là précisément le cas pour une grande partie des localités et des curiosités dont nous venons de faire mention.

La description que nous a laissée Pomponius Héla de la caverne de Coryce, en Cilicie, trahit des réminiscences de descriptions poétiques antérieures, ainsi que, dans Pline l'Ancien, celle de la vallée de Tempe % des deux côtés de laquelle les montagnes s'élevaient ^ comme des murs à plans doucement inclinés, jusqu'à perte de vue; le Pénée, coulant entre deux rives tapissées de gazon, au milieu d'un

. < Strabon, XIII, 1, 44, p. 603.

2 Pline le Naturaliste, /. c.

8 Hist. nat,^ IV, 31 : In eo cursu Tempe vocant V millium p. longitudine et ferme sesquijugeri latitudine, ultra Tisum hominis attollentibus se dextra lœyaque leniter convexis jugis intus suo luce viridante. Hac labitur Peneus, viridis (?) calcule, amœnus cîrca ripas gramine, canorus avium concentu. — Le texte corrompu de la fin de la première de ces deux phrases contenait probablement la mention d'un bois sacré, auquel parait faire allusion ce qui suit.

charmant bocage, parcourait le fond étroit de la vallée, où les faites des arbres résonnaient partout du chant des oiseaux. L'empereur Adrien s'était appliqué , dans son Tiburtinum, à une imitation de la vallée de Tempe ^ La -seule chose dont Sénèque s*enquière auprès de son ami Lucilius^ qui avait parcouru la Sicile dans toutes ses parties, c'est une définition exacte de la nature du gouffre de Charybde, uniquement redevable à la poésie de sa célébrité.

Il savait déjà que le rocher de Scylla n'offre aucun danger ^. « Les voyages , » dit-il , dans un autre passage de ses lettres, « vous procureront des notions sur les peuples étrangers , vous feront connaître de nouvelles formations de montagnes , de vastes étendues de plaines inconnues , des vallées arrosées par des filets d'eau intarissables , ou la nature si remarquable de tel fleuve, grossi par des crues en été comme le Nil, ou se dérobant d'abord aux regards comme le Tigre, puis reparaissant dans toute sa force et isa puissance , après avoir ainsi invisiblement fourni la première partie de son cours, ou enfin, comme le Méandre, cet étemel sujet de badinage et lieu commun de tous les poètes, qui serpente en formant des sinuosités infinies, s'éloignant et se rapprochant tour à tour des autres parties de son propre lit, jusqu'à ce qu'il finisse par y rentrer complètement ; du reste, les voyages ne vous rendront ni meilleur, ni plus raisonnable '. »

On voit que ce n'est point pour la beauté de leurs rives

1 Vie cPAdrien, chap. xxn.

2 Lettres, 79.

' Ibid., 104, 15. — La chute du Tigre aussi paraît avoir été souvent décrite par les poètes du temps. H suffit de rappeler^ à ce sujet, les vers de Néron, dans le scoliaste de Lucain (Pharsale, 111, 261), et les vers de Lucain lui-même.

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