‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 247 sur 258 · LIVRE vu. — LES VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE vu. — LES VOYAGES

qu'il cite ces fleuves, mais pour leur célébrité et les curieux phénomènes particuliers qu'on y observe.

Cela nous conduit à un troisième point, qui mérite également d'être pris en considération et qui ajoutait encore à l'intérêt de plusieurs des autres curiosités déjà nommées : nous voulons parler de Tattraclion particulière qu'exerçait tout ce qu'il y avait d'extraordinaire, de rare et d'anormal en apparence dans certains phénomènes de la nature.

A propos des îles flottantes du lac Vadimonis, près d'Amérie, Pline le Jeune dit, comme nous l'avons déjà rapporté plus haut, qu'en Italie une pareille curiosité naturelle passe inaperçue, tandis que Ton entreprend des voyages de terre et de mer, à l'étranger, pour y rechercher des phénomènes du même genre , qui ne sont guère plus curieux*. Il y avait, d'ailleurs, encore un autre lac avec des îles flottantes, près de Cotilies^.

Romains et Grecs, séjournant dans les provinces occidentales, se rendaient à Gadès ou à la côte occidentale des Gaules pour voir le mouvement des marées sur l'Océan Atlantique. Sabinus, l'ami de Lucien , fit, exprès pour cela, un voyage dans la Gaule'; Philostrate y avait aussi observé ce phénomène. Cet auteur, faisant voyager dans le même but son Apollonius à Gadès, rapporte la superstition, encore aujourd'hui fort accréditée, dans beaucoup de districts maritimes, que les moribonds ne peuvent mourir pendant la durée du flux , et que l'âme ne quitte jamais le corps qu'avec le reflux^. Sti'abon, Apulée et Dion Cassius dé-

1 Pline le Jeune, Lettres, VUI, 20.

> Denys dUalicarnasse, I, 16. ^

3 Lucien, Apologie, 15.

^ Philostrate, Apollonius de Tyane, IV, f.' V, au commencement. — L'Itinéraire de Jérusalem commence par ces mots : Civilas Burdi-

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crÎTent un gouffre près d*HiérapoHs, en Phrygie, duquel s'élevaient des vapeurs, chargées d'acide carbonique, délétères pour tous les animaux et tous les hommes, sauf, à ce que Ton prétendait, les eunuques. Ces écrivains en avaient eux-mêmes fait l'expérience sur des oiseaux et d'autres animaux.

Ce qui prouve combien ce lieu était fréquenté, c'est qu'on y avait bâti un théâtre spécial pour la commodité des observateurs ^ Ce théâtre ne parait, toutefois, avoir été construit que postérieurement au temps de Strabon, car ce géographe n'en fait pas mention. Au temps d*Ammien Marcellin^ on avait cessé d'observer ce phénomène^. 11 va sans dire que tous les Avemes ou soupiraux du même genre, regardés par les anciens comme des bouches de l'enfer, attiraient de même la curiosité, notamment celui des environs de Cumes, le plus connu de tous. H serait impossible d'énumérer tous ces innombrables phénomènes , de la nature, soit réels, soit imaginaires, ou du moins drapés des fables de la mythologie, que recherchaient alors les voyageurs; nous pouvons d'autant mieux nous dispenser de multiplier les exemples que nous en avons déjà cité beaucoup.

Il nous reste encore à considérer les lieux et les sites que l'on ne recherchait que pour leur beauté naturelle. En première ligne se présentent ici les rivages de la mer, où Ton aimait tellement à jouir de la belle nature, que les mots « beaux sites d et « sites maritimes » pouvaient passer pour

gala, ubi est fluTîus Garonna, per quem facit mare Oceanum, accessa et recessa per leugas plus minus centum. ^

1 Strabon, XIII, 3, 14, p. 629. — Apulée, De mundo, p. 729. — Dion Cassius, LXVIII, 27.

^ Ammien, XXIII, 6.

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