LIVRE VU. — LES VOYAGES
synonymes ^ La poésie et la mythologie anciennes offrent une foule des plus éloquents léhioignages du sentiment Intime et profond que l'on avait de la beauté et des splendeurs de la mer ^, et l'art antique a emprunté à cet élément les motifs de ses images les plus gracieuses et les plus magnifiques. La littérature latine, et plus encore les ruines des villas et des palais romains, qui bordaient les plus belles parties du littoral , et que les contemporains célébrérent à l'envi, précisément pour la belle vue dont on y jouissait, témoignent mainte et mainte fois de l'amour des Romains pour la mer'. De son palais dans l'île de Caprée, Tibère pouvait embrasser d'un coup d'œil tout le superbe golfe de Naples^. La villa de PoUius Félix , sur la hauteur deSorrenle, offrait, de chaque fenêtre, une vue différente, sur Ischia, Caprée et Procida, avec celle de la mer, que Ton apercevait de toutes; là se reposait le soleil couchant « quand le jour baissait, que l'ombre des montagnes, couronnées de feuillage, se projetait dans la mer et que le3 palais semblaient flotter dans un miroir de cristal '. » Nous avons déjà parlé plus haut des lieux de plaisance et de bains situés sur le rivage occidental de l'Italie et la côte septentrionale
* Amœnia (sic) al àxTaC. {Gloss. Labb.)
2 Voir surtout Catulle, 63, 271, etc.
3 Cicéron [ad Atticum, XII, 9) écrit d'Anlium : Cetera noli pulare amabiliora fieri posse littore, villa, prospectu maris, his rébus omnibus; ainsi que de Pouzzoles {ibid.^ XIV, 13) : Quœris atque etiam Ipsum me nescire arbitraris, utrum magis tumulis prospectuquc an ambutatione àXiTEveT délecter. Est mehercule ut dicis utriusque loci tant a amœnitas, ut dubites utra anleponenda sit. — Voir aussi dans Pline le Jeune (Lettres, II, 17, ainsi que I, 9) la description de la villa [très de Laurente; puis Apulée, Apol.y p. 579 (prospectum maris, qui mihi gralissimus est).
* Tacite, Annales, IV, 67.
^ Stace, Silves, 11, 2, 16-20. — Plutarque, Qu. eonv., T, 4, 3, 5, T. II. 31
deTËgypte; en Grèce aussi , c'est principalement sur les côtes que Ton rencontre des ruines de villas romaines*. Mais les bords des lacs et des fleuves n'avaient guère moins d'attrait pour les amis des beautés de la nature. On connaît rattachement de Catulle pour le lac de Garde; sur la presqu'île de Sirmio » qu'il affectionnait tant, existent encore des débris de constructions romaines. Les bords si gracieux et si richement ombragés du lac de Côme étaient couverts de villas au temps de Pline le Jeune*, et sur ceux du lac de Bracciano on a trouvé des ruines d'un Pausilype ( Sans*Souci ) , dont la propriétaire s'appelait Métia Hédonium, et vivait du temps de Tibère ^. Il n'y avait pas, de par le monde, dit Sénèque ^, « de lac que ne dominassent les toits de villas appartenant à des grands de Rome, de fleuve dont les rives ne fussent bordées de leurs habitations, t) Parmi les fleuves d'Italie, l'Anio et le Tibre étaient probablement ceux dont on affectionnait et visitait le plus les rives : celles* du Tibre , d'après Pline l'Ancien ^ , étaient peut-être ornées de plus de villas que toutes les autres rivières du monde entier.
Nous pouvons nous dispenser de revenir ici sur la villa bien connue de Néron à Sublaqueum ^.
Outre la cascade à laquelle Tibur devait sa vogue'', on
1 Curtius, le Péloponèse, I, 83, etc. — Voir aussi Paasanias, Vil, 21,4.
2 Lettres y IX, 7, et Pline l'Ancien, Hist. nat., X, 77 (Larium lacum amœnum arbusto agro].
^ Voyez de Rossi, Bull. Nap., N. S., II, 21, et Henzen, 6137. ^ Mires, 89, 21.
& HUt. nat., III, 54.
6 Tacite, Annales, XIV, 22, et Pline, Hist, nat., Ul, 109 : Lacus très amœnitate nobiles, qui nomen dedere Sublaqueo.
7 Denys d'Halicarnasse, V, 37.