‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 249 sur 258 · LIVRE VU. — LES VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE VU. — LES VOYAGES

connaîl la villa tiburline de Manliiis Vopîscus par Slace (I, 3), poëte dont on goûte surtout la lecture en Italie, à cause de la vraie couleur locale dont ses vers sont empreints, comme Ta fait observer le célèbre Niebuhr, en termes si flatteurs pour l'auteur des Siives.

Celte prédilection pour les rivages et les sites riverains s'explique très-naturellement dans le Midi. Ce qui faisait si avidement rechercher le voisinage des eaux, ce n'était pas seulement le coup d'œil récréatif sur l'immense surface azurée de la mer, sur les tortuosités à reflet argentin des ruisseaux et des rivières , ainsi que sur l'écume blanche des cascades, c'était aussi la délicieuse fraîcheur des brises qui s'en élevaient. De plus, l'eau est, dans le paysage méridional, le véritable élément qui vivifie, car la sécheresse et l'aridité y régnent partout où elle manque. C'est sur ses bords que la verdure a le plus de fraîcheur, que la campagne se déploie le plus richement, et que les couronnes des arbres procurent le plus d'ombrages*. Laisser reposer l'œil sur le feuillage silencieux * ou le cours de la rivière qui passe, ou le promener au loin, écouter le chant des oiseaux, le murmure de Tonde ou le mugissement des vagues, aspirer le souffle bienfeisant de l'air, laisser les heures s'écouler dans la rêverie muette et solitaire, telles étaient les jouissances de la nature que les poètes latins célèbrent en vers si éloquents; telles, ou à peu près telles, les scènes agrestes que les amis de la nature recherchaient le plus volontiers, après les rivages de la mer.

1 Gloss. Labb. : Amœnus duvaxtoç touo;.

2 Pline, Hist. naU, XXXVII, 62 : Herbas quoque silentes frondcsque avide spectare solemus.

48i MflELRS ROMALNES.

Cam tamen inter se prostrati in gramine molli Propler aquœ rivum sub ramis arboris altœ^ Non magnis opibus jucunde corpora curant : Praesertîm corn tempestas adridet et anni Tempera oonepergunt Yiridantis floribus herbas.

Voilà quelles étaient, d'après Lucrèce*, les principales conditions du bonheur champêtre. Aussi les villas s*élevaient-elles généralement sur des sommités^, ouvrant des perspectives larges, sereines et variées. La situation de la villa toscane de Pline le Jeune peut être citée comme modèle d'un paysage de l'intérieur d'une beauté parfaite, telle que l'entendaient les Romains'. On y jouissait de l'aspect d'une vaste plaine, encadrée de tous côtés, comme un immense amphithéâtre, parles contre-forts de l'Apennin; des sommets plus élevés descendaient d'antiques et épaisses forêts, alternant avec des pentes fertiles^ couvertes des plus riches moissons; plus bas venaient se ranger des vignobles et, enfin , des champs et des prairies, parés de la plus belle verdure et émaillés d'une multitude de fleurs, des couleurs les plus variées. Le Tibre et nombre de ruisseaux arrosaient la plaine dans toute son étendue. C'était une grande jouissance que la contemplation d*un pareil site, de la hauteur; On ne croyait pas avoir sous les yeux la réalité d'un paysage, mais un beau tableau, tant Tœil se délectait partout de la diversité^ ainsi que de la grâce des lignes et des contours qui s'offraient à lui.

C'est un fait suffisamment établi que, dans l'antiquilé.

1 II, 29. — Voir aussi Quintilien, X, 3, 24 : Silvarum amœaitas et prœterlabentia llumina et inspirantes ramis arborum aurœ Tolucrumque cantus et ipsa late circumspiciendi libertas ad se trahunt.

'-* Sénèque, Z«//r«, 89, 2t.

3 Pline le Jeuno, Lettres^ V, 6.

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