‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 28 sur 258 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES

rieures de spectacles donnés par des artistes de cette dernière catégorie ^

Le personnel très-nombreux des factions du cirque so^^ composait en partie d'esclaves, en partie d'hommes libres salariés; il ne comprenait pas seulement les gens nécessaires au service des haras, des écuries et du manège, mais encore bon nombre d'artisans, d'artistes et d'employés de genres différents. Dans des actes et des registres du temps figurent, comme au service de ces partis, des charrons, des cordonniers, des tailleurs, des ouvriers travaillant en perles, ainsi que des médecins, des instructeurs dans l'art de conduire, des facteurs, des concierges et des administrateurs, qui tous, souvent aussi, passaient du service d'une faction à celui d'une autre. Les écuries des quatre partis se trouvaient ensemble dans la neuvième région, probablement au pied du Capitole et près du cirque de Flaminius^. Elles avaient été, comme les cirques, en partie du moins, construites par des empereurs. Vitellius notamment avait, dans la courte durée de son règne, dépensé de fortes sommes à de pareilles constructions. 11 paraît aussi que l'aménagement intérieur de ces écuries était d'une magnificence vraiment impériale, puisque Caligula se plaisait à passer une grande partie de son temps dans celles des verts et même à y prendre ses repas. Mais, ce qui touche les rapports des liictions du cirque avec le fisc et avec l'administration municipale de Rome n'est point éclairci. Les couleurs distinctives des partis étaient le blanc, le rouge, le vert et le bleu. Dans l'origine, les deux premières avaient été seules en usage; depuis quand,

* Dion Cassius, LVl, 27,

2 Outre celui-ci et le grand cirque, il y en eut plusieurs autres, dont les seuls connus furent ceux de Néron et de Caracalla.

on rignore; car, il n'y a pas de mention contemporaine de cet arrangement antérieure au dernier siècle avant Jésus-Christ. Peut-être que le vert et le bleu ne vinrent s'y joindre qu'au commencement de l'empire. Domitien introduisit, en outre, deux nouvelles couleurs, la pourpre et Tor, qui avaient peut-être seulement le caractère d'une livrée impériale, et paraissent d'ailleurs avoir été bientôt abandonnées; du moins n'en est-il plus jamais question dans la suite. Les verts et les bleus avaient, dès l'établissement de l'empire, éclipsé les deux autres partis plus anciens; mais ils finirent par s'associer, les blancs avec les verts, et les rouges avec les bleus, sans toutefois jamais cesser entièrement d'exister comme partis distincts. Il y avait quatre couleurs au neuvième siècle encore, à Constanlinople; mais un auteur du douzième parle des factions comme d'une chose passée.

La fièvre de l'esprit de parti, dans la population de Rome et de Constantinople, pour les couleurs des factions du cirque, est un des phénomènes les plus significatifs et les plus curieux de l'ère impériale. Elle eut pour effet de partager la masse du peuple romain, à commencer par les maîtres du monde, jusque dans les bas-fonds du prolétariat et de la tourbe des esclaves, d'abord en quatre et plus tard en deux camps. Il n'y a rien de plus caractéristique pour l'état anormal des rapports politiques du temps que la concentration de l'intérêt général sur une pareille misère; rien ne fait aussi clairement ressortir les progrès de la décadence intellectuelle et morale de Rome. Le gouvernement voyait sans doute avec plaisir l'agitation des partis tourner dans ce sens; il n'était pas fâché de voir les passions des masses aller à la dérive, dans une direction où elles pouvaient se donner un libre cours, sans danger

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