‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 4 sur 258 · LIVRE V!. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE V!. — LES SPECTACLES

cher son souverain mépris pour la plèbe qu'en s'abslenant tout à fait de donner des spectacles ^ D'autres se contentèrent, à l'instar de Tibère aussi ^, de réprimer le luxe excessif par des ordonnances dont le renouvellement fréquent montre assez le peu d'efficacité. Ainsi firent Auguste', Nerva*, Antonin le Pieux^ et Marc-Aurèle*.

Les spectcales gagnèrent aussi, sous l'empire, une importance nouvelle, résultant de ce quils offraient au peuple la seule et unique occasion de s'assembler en masse et de manifester son humeur, ses antipathies et ses sympathies, ses vœux, ses prières et ses griefs, en présence du souverain. Le défaut absolu de toute autre publicité donnait d'autant plus de poids à ces manifestations , pour lesquelles il y avait là une tolérance , absente de tout autre lieu. Les salutations d'usage, à l'arrivée des empereurs et d'autres grands personnages, rentrent dans cette catégorie. On sait quel prix les hommes d'État attachaient, déjà sous la république, à l'accueil qui leur était fait au théâtre, quelle était la joie de Cicéron quand il avait la chance de recevoir au spectacle, ou pendant un combat de gladiateurs, une de ces chères ovations que n'avait même pas troublée le moindre coup de sifflet^.

Exceptionnellement, pareil honneur échut aussi à un

1 Suétone, Tibère, chap. xlvii.

2 Ibid., chap. xxxiv : Ludorum ac munerum impensas corripuit, mercedibus scenicorum recisîs paribusque gladiatorum ad certum numerum redactis.

3 Dion Cassius, LIV, 2 et 17.

4 Ibid., LXVIII, 2.

^ Vie d* Antonin le Pieux, cbap. xii.

^ Vie de Marc-Aurèle, chap. xi et xxvii.

7 Cicéron, ad Aitiçum, 1, 16, 11; II, 19, 3; XIV, 2; pro Sext., chap. UT, etc. — Properce, III, 18, 18. — Lipsius, Electa, II, 10.

grand poêle. Un jour, pendant la récitation de vers de Virgile, au théâtre, tout le peuple se leva et en salua Fauteur, qui y assistai!, aussi respectueusement qu'il avait l'habitude de le faire pour Auguste lui-raême^ Sous les empereurs, ces salulalions, bien qu'il puisse ne pas avoir été sans exemple que Ton en adressât également à de simples particuliei's^, n'étaient, à l'exception du donateur de la fête, auquel s'appliquait probablement l'invocation mentionnée par Pline le Jeune dans une de ses lettres^, sans doute usitées qu'avec la famille impériale et les favoris déclarés de l'empereur. Le peuple assemblé accueillait alors les illustres ou- augustes personnages en se levant en masse de ses sièges et battant des mains. Auguste, cependant, crut devoir exprimer son mécontentement de voir honorer de celte façon ses petits-fils, encore enfants^. On agitait des mouchoirs {oraria)f et Aurélien en fit même distribuer en cadeau au peuple, à cet effet ^. Les acclamations étaient accompagnées de l'hommage de surnoms honorifiques® et de compliments, en partie stéréotypes, souvent répétés, ou même chantés d'après certaines modulations, comme il était d'usage^ encore du temps de Cassiodore^. Les empereurs, de leur côté, profitaient aussi volontiers

ï Tacite, Dialogue des Orateurs, chap. xiii.

2 Sénèque, Lettres, 29, 12.

3 Propitium Cœsarem, ut in ludicro aliquo precabantur. (VI. 5.) * Suétone, Auguste, chap. lvi.

^ Voir sa biographie, chap. xlviii.

6 Comme par exemple dans Plutarque, Othon, chap. m. — Voir aussi Tacite, Hist., I, 72.

7 Tacite, Annales, XVI, 4 (plebs.... urbis.... personabat certis modis plausuque composito). — Dion Cassius, LXXllI, 2. ^

8 Var., I, 31.

Page 1