‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 32 sur 258 · LIVRE .VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE .VI. — LES SPECTACLES

province 9 mais aussi un très-chaud partisan des verts, pour lesquels il affichait sa partialité de la manière la plus inconvenante, ce qui lui attira souvent des avanies de la part des bleus, même en présence de Marc-^Aurèle ^ . Fronton lui-même, le grave précepteur des deux princes, ne fut point garanti, par ce pédantisme magistral qui lui était naturel, de cette manie devenue comme épidémique ; il était, comme on pouvait s'y attendre, du môme bord que son auguste élève et môme une chiragre très-douloureuse ne put le retenir de la fréquentation du cirque*. Dans une description de Rome, composée vers le môme temps par un auteur grec, habitué de ces spectacles, celuici fait ressortir, comme des traits caractéristiques pour cette capitale, l'agitation du cirque, les statues érigées aux conducteurs de chars, les conversations à ce propos, dans les rues et sur les places, ainsi que la propagation d'une véritable hippomanie, qui s'était emparée de beaucoup d'hommes d'apparence très-respectable^. S'il n'a pas aussi fait mention des partis, c'est que la portée de cette agitation factice pouvait, on le comprend, échapper à un observateur étranger. Avec l'extrôme pénurie de rapports du troisième siècle, le cirque et les factions qui y rivalisaient, à cette époque, n'y forment aussi que rarement et accessoirement l'objet d'une mention. Nous n'en savons un peu plus long que par la transmission de certains détails du temps de Caracalla, qui n'eut point de vergogne de conduire lui-même son char dans Thippodrome, sous les yeux du public*. Un jour même, des invectives ayant

^ Hist. Àug., Vie de Lucius Vérus, chap. vi.

^ Fronton, Ad amicos, \l,Z,

3 Lucien, Nigrin, 29.

* Dion Cassius, LXXVII, 10.

été lancées contre un conducteur de char de son propre parti, celui des bleus, il remplit le cirque d'une scène de tumulte sauvage, de violences et de meurtre, en donnant à la garde l'ordre de faire main basse sur tous ceux qui avaient crié^ Un siècle et demi plus tard, Ammien Marcellin décrivit les mœurs de Rome à une époque où le délabrement intérieur de l'empire était arrivé à son comble, et où les dangers, qui le menaçaient du côté de l'Orient comme de celui de l'Occident, prenaient un aspect de plus en plus sinistre. Or, chose assez bizarre, lui aussi , que la passion des Romains pour le cirque emplit tellement de stupéfaction et de mépris, néghge de parler des manœuvres des factions. Pour la masse, le cirque était à la fois un temple, une demeure, un lieu de rendezvous et le but de tous les désirs. Partout on vovait des groupes dans la plus grande animation s'entretenir des courses; des hommes d'âge, protestant de leur longue expérience, y juraient par leurs rides et leurs cheveux gris que c'en était fait de l'empire, si l'issue venait à différer de leurs prédictions. Les jours où il y avait fête au cirque, le peuple affluait vers l'hippodrome dès avant l'aube; bien des gens passaient même les nuits à veiller dans l'attente de cet événement, l'esprit tendu et plein d'anxiété. Il n'y avait rien de curieux comme de voir cette foule innombrable suivre toutes les phases de ces luttes dans un état d'agitation fébrile. Or la superbe noblesse, dans les cercles de laquelle les messagers «annonçant un nouveau début de cochers et de chevaux étaient reçus comme jadis les Dioscures, quand ils apportèrent la nouvelle du triomphe de Rome

1 Hérodien, IV, 6.

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