‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 38 sur 258 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES. 8i · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES. 8i

de boules ovales, que Ton avait soin de descendre successivement après chaque tour.

Le nombre des courses, de sept tours chacune, variait. Dans les premiers temps de l'empire encore, le programme, ordinairement, comprenait de dix à douze courses par jour. En Tan 37, Caligula ordonna, pour la première fois, lors de l'inauguration d*un temple érigé à la mémoire d'Auguste, une suite de vingt courses pour le premier jour et de vingt-quatre pour le second.

Ce nombre , avec lequel le spectacle remplissait toute la journée, du matin au soir, ne tarda pas à devenir la règle, et depuis Néron même, comme il paraît, une règle fixe, ne comportant une réduction que dans les fêtes secondaires : à celle de Carna et de Lorius par exemple, où l'on se bornait à douze courses*. Le nombre de vingt-quatre courses fut dépassé dans des spectacles extraordinaires, comme lorsqu'il y avait coïncidence de deux fêtes sur un même jour. Ainsi au quatrième siècle , l'anniversaire de la naissance de Trajan et celui de la victoire de Constantin sur Licinius tombant tous les deux le 8 septembre, et les deux anniversaires de la naissance de Nerva et de Constance II, le 8 novembre, on solennisa la réunion de ces deux fêtes en doublant aussi, c'est-à-dire portant à quarante- huit , le nombre des courses^. Pour trois autres .fours de fête, particulièrement tenus en honneur, on admit respectivement trente et trente-six courses, à savoir : trente pour le 13 novembre {Jovis epulum) et pour le 25 décembre {natalis invicti, id est Solis), qui devint plus tard la fête du Christ, trente-six pour le 22 octobre

1 D'après les Fastes de Philocale, C. I. L., p. 334, etc.

2 MommseD^ C. /. L., p. 387, etc.

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[ludorum Solis dies extremusy. Cependant, il faut croire que l'on abrégeait, au besoin, la durée de. chaque course, quand il y en avait plus de vingt-quatre, ce nombre ne devant pas laisser beaucoup de marge dans une journée même des plus longues, lorsqu'il s'agissait de courses pleines.

Les courses ordinaires se faisaient avec des attelages de deux ou quatre , plus rarement de trois chevaux. Les débutants commençaient par s'essayer avec deux chevaux , témoin cette épitaphe :

Hoc rudis aurig^e requiescunt ossa sepulcro

Nec tamen ignari flectere lora manu.

Jam qui quadrijugos auderem scandere currus

Et tamen a bijugis non remoTerer equis^.

Mais les virtuoses se disputaient le prix de la course avec des chars attelés de six, sept et huit chevaux^. Néron parut même, à Olympie, avec un attelage de dix chevaux, avec lequel il remporta le prix, bien que l'issue de la course n'eût été rien moins qu'heureuse^. Les chars ^ dont nombre dimages, que nous a léguées l'antiquité, font connaître la forme, étaient petits et très-légers. Dans les quadriges, l'attelage préféré pour les courses, les chevaux étaient tous les quatre attelés de

1 Aussi d'après les Fastes de Philocale.

2 Anthologie latine, éd Meyer, 1428 : Ëutycheti aurigœ ann. XXII, Flavius Rufinus et Semp. Diofanes servo b. m. f.

3 Henzen, 6179 et 7429 (p. 509).

^ Et « quamvis id ipsum in rege Mithridate carminé qnodam suo reprehendisset » fait observer Suétone, Néron, chap. xxiv. — Mithridate, s'il faut en croire Appien (XU, 112), allait même à seize chevaux, et un camée, décrit dans le Recueil de Caylus (I, t. 371, 1), représente un conducteur avec une palme, sur un char attelé de vingt chevaux.

front, le meilleur servant, comme nous Tavons déjà dit 9 de cheval de main à la gauche, tandis que ceux du milieu avaient le cou passé sous le joug. Les conducteurs se tenaient debout sur leur char, vêtus d'une tunique courte sans manches, étroitement serrée au haut du corps, coiffés d'un bonnet en forme de casque, lequel ^ couvrant aussi le front et les joues, servait à les garantir, jusqu'à un certain point, dans le cas d'une chute. Ils tenaient le fouet à la main , et leur large ceinture portait un couteau pour couper les rênes , au besoin , précaution d*autant plus nécessaire qu'elles étaient ordinairement attachées à la ceinture du cocher. Les tuniques, comme certainement aussi les chars et tout le harnachement, étaient d'une des quatre couleurs distinctives. Parmi les médicaments que Ton employait pour guérir les blessures provenant de ces chutes, Pline l'Ancien mentionne les excréments du sanglier, administrés soit à l'extérieur, soit même en potions. Il paraît que Néron lui'*même usa du remède suivant la dernière formule*.

Au moment de l'ouverture du spectacle , un bruit sourd , semblable au mugissement des vagues de la mer, parcourait la foule agitée. Les yeux de tous étaient fixés sur les barrières des portes d'entrée, derrière lesquelles se tenaient les attelages, en trépignant et soufflant d'impatience, dans l'attente de la course. Le magistrat présidant à la fête, du haut d'un balcon, pratiqué au-dessus de l'entrée principale, donnait le signal du départ, en jetant un mouchoir blanc dans la lice 2. Si déjà En-

i Hist, nat., XXVIII, 237.

^ Silius Italicus, XVI, 315, etc. — Voir aussi, dans les Pères de l'Église, Lactance, VI, 20, et Grégoire Nyssen., De vita Mos., au commencement

nius^ avait vu et décrit le peuple attendant le signal du consul au cirque, près de quatre siècles plus tard, un auteur chrétien, TertuUien, auquel, ce spectacle païen semblait un péché damnable et le mouchqir comme un symbole de Lucifer, précipité du cieP, décrivit encore en termes identiques l'attitude de ce même peuple. On entendait soudain craquer les verrous, toutes les barrières s'ouvrant au même instant, les chars s'élançaient dans Thippodrome et d'immenses clameurs, s' élevant de tous côtés, remplissaient l'air. Bientôt, un épais nuage de poussière enveloppait les chars lancés , quelque peine que l'on se donnât, sans doute, pour arroser convenablement le soP. Les conducteurs, le corps fortement penché en avant, excitaient leurs chevaux par des cris.

La distance qu'ils avaient à parcourir, en mesurant quatorze fois la lice, était d'environ 71/2 kilomètres; chaque course ne pouvait donc guère durer moins d'une demiheure. Les cochers expérimentés savaient ménager les forces de leurs coursiers pour le dernier tour, qui était décisif, et reprenaient alors aisément l'avance sur les novices qui, après les avoir dépassés d'abord , s'etforçaient vainement, à la fin, de stimuler à grands coups de fouet l'ardeur expirante de leurs chevaux épuisés. Souvent il arrivait aux conducteurs de ton^ber eux-mêmes et d'être traînés par leurs chevaux; mais la difficulté principale, le plus grand danger de ces courses, était dans le tour de la borne du fond,

i Dans Cicéron, De div., I, 48.

2 Des spectacles, chap. xvi.

3 Frontin, De aquis, 97, dit : Circus maximus ne diebus quidem ludorum circensium nisi sedilium aut censorum permissu irrigabatur : quod durasse etiam postquam res ad curatores transiit sub Augusto apud Atejum Capitonem legimus.

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