LIVRE yi. — LES SPECTACLES
bralion de chaque fète^ ces fameux combats de gladiateurs et de bêtes féroces, où le sang coulait à flots, mais qui , plus anciemoement, se donnaient au cirque; c'est dans la même arène, submergée, qu'on organisait en outre, à grands frais, les prodigieuses représentations nautiques connues sous le nom de naumachies.
g 1. — Origine, et propagation des amphithéâtres.
Construction des premiers édifices de ce genre et succès des jeux auxquels ils sont affectés, dans tout le monde romain. — Ils se multiplient en Italie, d'où ils se répandent dans les autres provinces d'Occident, en Grèce, en Asie mineure et dans tout T Orient.
L'usage des jeux de l'amphithéâtre, comme on le verra bientôt, avait de longtemps précédé la conception du genre d'édifices auquel ils empruntèrent leur dénomination collective, et dont il faut commencer par dire un mot ici. De faibles commencements ces jeux étaient arrivés, dans le cours des siècles, à affecter des proportions de plus en plus grandioses. Il fallut alors, dans l'intérêt de la commodité des spectateurs et pour complaire à leurs fantaisies, songer à des dispositions nouvelles et à des embellissements qui marchèrent de front avec la mode des spectacles de l'espèce. Dans les derniers temps de la république, le peuple se pressait encore sur des "échafaudages de bois , élevés à la hâte au Forum ^ , jusqu'à ce qu'on
1 Yitruye, X, préface 3 : Nec solum id Titium in œdificiis sed etiam ÎD muneribus^ quœ a magistratibus fore gladiatorum scenisque ludorum dantar, quibus nec mora neqae exspectaUo conceditur, sed nécessitas finito tempère perficere cogit.
eut ridée de pourvoir à ses aises par l'appropriation d'un bâtiment spécial. L'architecture hellénique fournit les éléments de la combinaison et du perfectionnement de l'édifice à construire.
En passant de l'hémicycle du théâtre grec à la circonférence du cercle entier, renfermant une arène elliptique, on constitua l'amphithéâtre, qu'Ovide encore appelle structum utrinque theatrum\ En Tan 53, C. Scribonius Curion fit dresser, au rapport de Pline l'Ancien, deux théâtres mobiles en bois, placés l'un contre l'autre. Dans la matinée, on donnait sur tous les deux des représentations de jeux scéniques, puis on les faisait tourner sur leurs pivots avec tous les spectateurs; les deux hémicycles de bois se rejoignaient de manière à former le cercle, et, les deux scènes disparaissant, on donnait le même jour, après midi, dans l'amphithéâtre ainsi improvisé, des jeux de gladiateurs 2. Le premier amphithéâtre véritable de Rome fut peut-être celui que Jules César y construisit en bois, en l'an 44 avant J.-C. Un autre, bâti en pierre par Statilius Taurus, quinze ans plus tard , disparut probablement dans l'incendie néronien. Néron encore ne fit reconstruire au Champ de Mars qu'un amphithéâtre en bois. La dernière période décennale du premier siècle de notre ère seulement vit l'achèvement du colossal amphithéâtre des Flaviens, dans les
l' Métamorphoses y XI, 25.
^ Ces théâtres mobiles n'ont rien d'invraisemblable. Les Romains avaient des moyens techniques très-puissants et très-perfectionnés. Ainsi rérection d'un obélisque dans la Rome pontificale, en 1586, comme au dix-neuvième siècle encore celle de l'obélisque de la place de la Concorde, fut regardée comme une difficile et mémorable entreprise par les ingénieurs mêmes, tandis que personne des contemporains n'a pris la peine de nous dire comment on procéda pour dresser les obélisques, si nombreux pourtant, de Fancienne Rome.