‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 58 sur 258 · MVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

MVRE VI. — LES SPECTACLES

SOUS la république , du temps de Spartacus^ La discipline tait maintenue avec la rigueur la plus barbare, comme l'indique assez le serment rapporté plus liaut, que Ton exigeait des gladiateurs lors de leur engagement. Outre les peines de la flagellation et de la marque avec un fer rouge, appliquées aux mutins, on les chargeait de chaînes. Dans une cellule de Técole d'escrime dePompéji, on a trouvé quelques squelettes ayant les fers aux pieds. Ces malheureux ont été enterrés vifs, sous la pluie de cendres qui les enveloppa peu à peu. Le régime des gladiateurs ne différait qu'en un point de celui des criminels condamnés : on était plein d'attention et de sollicitude pour le bien-être physique des premiers. Les écoles particulièrement furent toutes établies dans des localités renommées pour leur salubrité, comme l'étaient Capoue, avec son climat paradisiaque, Préneste, avec l'air si pur de ses montagnes, Ravenne et Alexandrie, où les vents de mer tempéraient la chaleur de l'été. Le régime alimentaire tendait aussi à favoriser, chez les gladiateurs, un développement extraordinaire des muscles; on les engraissait en quelque sorte 2; la

^ Appien, Bell, civ,, I, 68. — Pour sarmer, ses compagnons avaieni <là Toler des épées à Capoue (Velleius Paterculus, II, 30, 5), ou se munir de bâtons et de poignards enlevés à des voyageurs (Âppien), ou se forger eux-mêmes des armes (Flonis, II, 8). Les suicides de gladiateurs racontés par Sénèque (Lettres, LXX, 17), furent commis sans armes par des hommes qui étaient parvenus à tromper la vigilance de leurs gardiens. — Voir également le récit de l'évasion de quatre-vingts gladiateurs à Rome, dans Zosime, I, 66.

2 Lipsius, Satum, II, chap. xiv. — Pline, hist. nat., XVIII, 72 : « Antiqnissimum in cibis bordeum, sicut apparet... et gladiatorum cognomine, qui bordearii vocabantur. » Cependant, il se pourrait que ce ne fût là qu'un sobriquet faisant allusion à leur apparence vermeille et bouffie, dans le sens où l'emploie aussi Suétone, lorsqu'il dit, dans ses Rhéteurs célèbres, chap. ii : Ordearium eum rhetorem appellat, deri-

préparation des mets et les rations qu'on leur délivrait étaient soumises à des prescriptions réglementaires ^ . C'est ainsi, dit Sénùque^, qu'ils mangeaient et buvaient ce qu'ils devaient restituer plus tard sous forme de sang. Des chirurgiens éprouvés guérissaient leurs blessures^, et des médecins surveillaient minutieusement leur diète *.

De môme que les esclaves, et particulièrement ceux de la maison impériale, eurent souvent la permission de former entre eux des associations ou collèges * , il était aussi permis aux gladiateurs de s'associer pour le culte de leurs divinités tutélaires et peut-être môme à d'autres fins. Il paraît y avoir eu d'ailleurs des liens de camaraderie entre les gladiateurs des différentes armes ^, qui avaient aussi

dens ut inflatum ac leirem sordidum. —' D'après Galien, les gladiateurs de Pergame mangeaient journellement force purée de haricots, avec de l'orge mondé. — Dans S. Cyprien, Lettres, 2, on lit : Impletur in succum cibis forlioribus corpus, ut arvinœ toris moles robusta pinguescat, ut saginatus in pœnam carius pereat.

1 Tacite, Hist., H, 88 : Singulis ibi militibus Vitellius paratos cibos ut gladiatoribus saginam dividebat.

2 Lettres, 37, 2.

3 Voir les prescriptions de divers chirurgiens, pour le traitement des blessures de gladiateurs, dans Scribonius Largus, De comp. medic., 102, 203, 207, 208, et Pline, Hist, nat., XXVI, 135.

^ n y avait même, dans les écoles de gladiature, des frotteurs spéciaux {unctores), pour opérer les frictions, dont la médecine des anciens aimait tant à faire usage.

5 Mommsen, De collegïis, p. 102, 108; 78, 25. — Le plus connu de ces collèges est celui qu'avaient formé des gladiateurs de l'empereur Commode. Collegium Silvani Aureliani (Orelli, 2566). Henzen, 7209, mentionne encore un Collegium venatorum Deensium, qui ministerio arenario funguntur (id est qui in amphitheatro pugnare soient), et (ibid., 7210) un Collegium venatorum PoUentinorum.

« Borghesi, Bull. Nap., 1, p. 95, rapporte l'inscription suivante : D. M. Macedoni Thr. tiro. Alexandrin, ben. mer. fec. armatura Thrsecum universa. Vixit ann. XX, mens, viii, dieb. xii. — Voir aussi Orelli, 2571 : Huic Delicatus coarmio fecit (scilicet monumentum).

chacune, comme il va sans dire, ses maîtres particuliers ^ Les novices dans la gladiature (tirones) commençaient à s'exercer, avec des fleurets mouchetés , contre un mannequin de paille ou un poteau. Les armes dont on faisait ensuite usage, pour l'exercice, étaient plus pesantes que les armes de combat. Peut-être les armes d'un si grand poids, que l'on a trouvées à l'école dePompéji, ne servaient-elles que pour l'exercice. Les écoles avaient une espèce d'organisation militaire. Les noms sonores et propres à capter la faveur du public étaient bien accueillis, et ceux qui avaient déjà été portés par des gliadiateurs. célèbres, volontiers repris par leurs successeurs. Les Triumphus, les Carpophore, les Pacidéjanus et d'autres noms encore se retrouvent sur des inscriptions et des médailles d'époques différentes. Un Pacidéjanus s'était fait un nom du vivant deLucilius, qui dit de lui :

Optumu* multo

Post homines natos gladîator qui fuit unus^.

Un homonyme de ce gladiateur paraît avoir marqué au temps d'Horace, qui crut devoir également l'honorer d'une mention ^.

* 1 Doctor Thrœcum (I. R. N., 6902) ; Doctor myrmillonum (Muratori, 2019, 6); Doctor secutorum (Fabretli, 234, 613); Doctor sagittarionim {Ibid., 616) ; Magister Samnitium (Cicéron, De oral., III, 23j. — On appelait dictata les cominandements du professeur d'escrime, à l'école. — Tertullien, Ad mari., chap. i, dit : Et gladiatores perfectissimos non tantum magistri et praepositi sui sed etiam idiotae et supervacai quique adhortantur de longinquo , ut sœpe de ipso populo dictata suggesta profuerint; — S. Jérôme, Xc^^rc*, 48, 112 : Delicala doctrina est, pugnanti ictus dictare de muro.

2 Cicéron, TVrSCtU.^ IV, 21, etc.

3 5o<.,lI, 7, 97.

i26 MOEURS ROMÀINKS.

Quand les novices avaient soutenu publiquement leur première épreuve, dans un combat sérieux, on leur délivrait, comme il parait, une plaque de forme rectangulaire, avec la date de leur début, espèce de marque distinctive qu'ils portaient probablement au cou K Ultérieurement, une suite de combats les poussait, dans leur arme, à des grades plus élevés, auxquels était probablement uni un commandement sur les simples gladiateurs ^. Ils passaient ainsi vétérans^ et, finalement, obtenaient leur congé avec la remise de la baguette*. Cependant, on voyait aussi des gladiateurs, retirés du service de Tarène, y faire leur rentrée pour de bons gages, ou fonctionner comme professeurs.

Il y avait, certainement, nombre de gladiateurs qui n'auraient échangé leur profession contre aucune autre. Parmi les gladiatem-s impériaux, dit Êpictète^, il en est beaucoup qui sont mécontents quand on ne les laisse pas combattre dans l'arène. Ils adjurent les dieux et pressent les

Ml y a du moins lieu de croire que tel était l'usage des marques appelées tesserx considares, bien que Mommsen {C. /. L., p. 195) ait éle?é des objections contre cette version, généralement adoptée depuis le seizième siècle. H est cependant difficile d'y admettre pour l'adjectif spectaius un autre sens que celui d'un homme qui a débuté.

2 Prima ou summa et secunda rudis, — Voir Orelli, 2573-2575 , ainsi que Dion Cassius, LXXII, 22. — Boissieu, Inscript, de Lyon, p. 7, etc. — Henzen, 6189. — Boissieu traduit les mots ci-dessus par « premier baguettier ou baguettier maître, titre que prenaient les professeurs lanistes, suivant leur rang et leur habileté. »

3 Dans le Colleg, Silvani Aureliani (Orelli, 2566), la première décurie se compose entièrement de vétérans de six armes différentes; dans la deuxième ne figure qu'un seul vétéran, qui la commande; dans les autres, les novices prédominent seulement.

* Les victores (Orelli, 2570; I. R. N., 2627) paraissent être au fond identiques avec les rudiarii, — Voir aussi Suétone, Tibère, chap. vu. û Dissert,, I, 29, 37.

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