‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 60 sur 258 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES

de la fête, afin de piquer sans cesse la eurosité du public^ avaient soin, d'habitude, de répartir sur tous les jours de la fête l'entrée en scène de nouvelles paires de gladiateurs qu'on n'avait pas encore vus. On faisait aussi de ces listes {libelli) des copies , que l'on vendait dans les rues et envoyait au dehors ^ La veille du spectacle,, on donnait publiquement aux gladiateurs et aux bestiaires . ce qu'on appelait le festin gratuit; on les y régalait avec la plus grande munificence de mets exquis et d'excellentes boissons. Il était permis aux curieux d'y assister. Pendant qu'à ce banquet les abrutis du métier se livraient à la ripaille, sans le moindre souci du lendemain, on voyait pourtant aussi d'autres de ces malheureux prendre congé des leurs, recommander leurs femmes à des amis, donner la liberté à leurs esclaves, comme on voyait des chrétiens, condamnés à verser leur sang dans l'arène pour leur foi, célébrer dans ce repas une dernière agape.

Le spectacle commençait par une marche de parade des gladiateurs, ^en grande tenue, à travers l'arène. Peut-être le salut à l'empereur : « Ave, Cœsnr imperator, morituri te salutant, « dont il est fait mention dans une circonstance analogue, était-il le salut d'usage. On invitait alors le donateur de la fête à examiner les armes. Une espèce d'épées de gladiateurs, des plus tranchantes, portait le nom du fils délibère, Drusus, qui, suivant un penchant inné pour la cruauté, avait l'habitude de procéder à cet examen avec une rigueur extrême^. Marc-Aurèle, au contraire, ne per-

1 On voit le dessin d'un libellus de l'espèce dans Garrucci , Graffiti di Pompeji, pi. X, p. 66.

^ Dion Cassius, LVII, 13. •— Voir aussi Lipsius, Exe. ad Tac, III, 37.

.mettait de combattre qu'avec des armes émoussées^ On commençait par un combat simulé, dans lequel on lançait notamment aussi des javelots, et qui avait même lieu quelquefois, comme il parait, avec accompagnement de musique.

Le son lugubre des trompes donnait ensuite le signal du combat avec les armes tranchantes , et une lutte plus sérieuse s'engageait, au milieu des fanfares de trompettes et de cors, ainsi que des modulations aiguës dés fifres et des flûtes^. On voit figurer des bandes de musiciens sur beaucoup d'anciennes images , représentant des jeux de gladiateurs. Les scènes les plus variées se succédaient, sans interruption, dans cette mêlée. Les Rétiaires, figures à demi nues, se mouvant avec une prodigieuse agilité, presque sans armure défensive et munis seulement d'un filet, d'un trident et d'un poignard , s'avançaient isolément ou en troupe. Tantôt poursuivis par les secutores, légèrement armés d'un casque à visière, d'un bouclier et d'une épée, tantôt voltigeant eux-mêmes, comme un essaim, autour des Gaulois et des Myrmillons, gladiateurs pesamment armés, qui les attendaient à demi accroupis et la visière baissée, ils cherchaient à les envelopper de leur filet, pour porter ensuite , avec le trident ou le poignard, le coup mortel à leurs adversaires. Les Samnites, couverts de grands boucliers carrés de hauteur d'homme, croisaient leurs petites épées, courtes et droites, avec les sabres des Tharaces, mieux équipés, mais

1 Hist, Àug.j Vie de Marc Antonin^ chap. xi. — Dion Cassius, LXXI, 29.

^ Quondam cornicines et municipalis arenae

Perpetui comités

JuYénal III, 35.

Voir aussi C. /. G., 3675.

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