‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 61 sur 258 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES

seulement munis d'un petit bouclier rond. Les liommes d'armes (Hoplites), tout bardés de fer comme des chevaliers du moyen âge, visaient, en portant leurs coups, aux joints et au défaut de la cuirasse, dans Tarmure de Tadversaire. Les cavaliers se ruaient les uns contre les autres, armés de longues lances; les * Essédaires combattaient du haut de chars de combat bretons , dont les attelages étaient dirigés par un guide, qui se tenait debout à c6té du cham* pion. On distinguait encore diverses autres espèces de gladiateurs, mais les mentions qui les concernent sont trop rares et trop superficielles pour donner une idée précise de leur équipement et de leur manière de combattre'.

L'un des deux champions était-il vaincu en combat singulier, et à la merci de son adversaire, le donateur de la fête abandonnait, ordinairement, aux spectateurs le soin de décider s'il fallait ou non tuer le malheureux. Le gladiateur blessé, demandant grâce pour sa vie, levait un doigt ^. Les spectateurs consentaient-ils à lui accorder sa grâce, ils agitaient leurs mouchoirs ou levaient aussi le doigt peut-être. Du moins voit-on sur un bas-relief, découvert depuis peu à Cacillargues et représentant le combat d'un Samnite avec un Rétiaire, quatre spectateurs, dont une femme, qui tous lèvent le pouce. Le pouce tourné, au contraire, équivalait à l'ordre de porter le coup mortel. De vaillants et fiers champions déclinaient bien, quelquefois, l'intervention du public, en signifiant du geste que leurs blessures était sans gravité; c'étaient là ceux auxquels on s'intéressait le plus, tandis que les poltrons ne faisaient

^ Pour de plus amples détails sur le costume et Téquipement des gladiateurs de toutes les armes, nous renyoyons à l'annexe no 1 .

2 Perse, scolie, V, 119. — Garrucci, Graffiti, pi. XI. — Voir aussi le monument de Scaurus, Mu$, Borb., XV, tav. 27, etc.

qu'irriter le peuple, qui ressentait comme une offense la crainte de la mort chez un gladiateur ^ On poussait au combat, avec des fouets et des fers rouges, les hésitants et les timides. Des rangs des spectateurs courroucés on entendait crier partout : Tuez, le fouet, le fer chaud 1 Pourquoi celui-ci aborde*t-il si timidement le glaive? Pourquoi celui-là craint-il tant d'achever son adversaire? ou cet autre meurt-il de si mauvaise grâce? Auguste avait défendu les spectacles dont le programme, n'admettant pas que l'on fit grâce aux gladiateurs blessés, voulait que le combat durât jusqu'à ce que l'un des deux champions fût étendu sur la place*. Mais on voit par une inscription deMinturne, de l'an 249^, que cette défense ne fut pas observée partout, ni en tout temps. Il paraît même que, très-souvent, on se hâtait d'opposer au vainqueur, pour remplacer l'homme mis hors de combat, un autre adversaire, désigné par le sort, et ainsi de suite un troisième ou même un quatrième^. Dans les pauses du combat, on retournait avec des pelles la terre ensanglantée de l'arène^, sur laquelle des esclaves noirs répandaient ensuite du sable frais®. Les morts étaient recueillis par des hommes portant le masque de Mercure, dieu des enfers. D'autres, sous le masque

* Sénèque, De ira, 1, 2, 5. — Lactaijce, Inst. div., VI, 20.

2 Suétone, Auguste, chap. xlv. — Le même, Néron j chap. iv : (Domitias] .... munus etiam gladiatoriuin (dédit), sed tan ta sdevitia ut necesse fuerit Augusto clam frustra monitum edicto coercere.

3 Mommsen, /. R, iV.^.4063.

* Lipsius, Saturn., II, chap. xiv. — Pétrone, chap. xlv (Tertiarius).

-' Nam duo de tenera, puerilia corpora, turba,

Sanguineam rastris quœ renovabat humum, etc.

Martial, II, 75, 5.

^ Pétrone, chap. xxxiv : Duo i£thiopes eum pusillis utribus, quales soient esse qui arenam in amphitheatro spargunt.

Page 1