LIVRE VI. — LES SPECTACLES
du démon étrusque Charon, venaient, avec des fers rouges, s'assurer de la vérité, si la mort, chez l'un ou l'autre de ces malheureux, n'eût été que feinte. Des bières étaient prêtes pour les cadavres, qu'elles servaient à transporter à la chambre mortuaire , par la porte de la déesse de la Mort. Là, on achevait ceux dans lesquels il restait encore une étincelle de vie.
Bien qu'il dût se former, à l'amphithéâtre aussi, des partis parmi les spectateurs, ils n'y ont jamais pris une importance qui approchât de celle des factions du cirque, soit que l'intérêt de parti fût déjà complètement absorbé par celles-ci , soit qu'il manquât aux partis de l'amphithéâtre, avec la base des corporations, les éléments d'organisation nécessaires.
Indépendamment des adhérents particuUers de tels célèbres et vaillants gladiateurs, il y avait, à Tamphithéâtre , des partis tenant pour les différentes armes de la gladiature ,. ou du moins un antagonisme entre les personnes qui étaient pour les grands boucliers, autrement dit les Myrmillons et les Samnites, et les partisans des petits boucliers, c'est-à-dire des Thraces. Ces partis aussi avaient des ramifications dans toutes les classes de la société. Dans Quintilien, un professeur d'éloquence, auquel on demande s'il est pour Théodore ou pour Apollodore, répond : Je suis pour les petits boucliers * .
Les empereurs eux-mêmes s'intéressaient à ce mouvement, comme à celui du cirque. Caligula^ et Titus ^ favori-
i Parmularius sum (II, 11, 1).
^ Suétone, Caligula, chap. xxxii, uv et ly (Myumillonam armaiuras recidit).
* 3 Le même, Tittis, chap. viii (Stadium armaturae Threcum prœ se ferens).
saîent le petit bouclier; Domitien, le grand ^. Aussi
Martial, en bon courtisan, ne se fit-il pas faute de dire
du mal du petit bouclier (parma), dans ces vers, par exemple :
Haec quœ saepe solet vinci , quœ vincere raro.
ou bien :
Yinceati parmœ cum sua turba fayet.
L'impartialité ne reparut à Tamphi théâtre qu'avec Trajan^. Marc-Aurèle^ se félicitait d'être resté également étranger aux deux partis.
De grands combats de masses, pour lesquelles l'arène de l'amphithéâtre n'offrait pas un espace suffisant, avaient lieu en divers autres endroits; mais ces spectacles, naturellement, étaient rares. Jules César, lors des jeux par lesquels il célébra son triomphe, fit représenter une bataille au cirque, où Ton avait établi deux camps pour la circonstance, après avoir fait enlever les colonnes terminales. Cinq cents fantassins, trois cents cavaliers et vingt éléphants, surmontés de tours garnies d'hommes armés, y combattirent de chaque côté*. En l'an 7 avant Jésus-Christ, un combat sur une grande échelle fut repré-
1 Suétone, Domitien, chap. x : Pairem familias quod Threcem Myrmillonî parem, munerario imparem dixerat, detractum spectacalis in arenam, canibus objecit, cum hoc titulo : Impie locutus parmularius.
2 Pline le Jeune, Panégyrique^ chap. xxxiii (Securus favor, libéra studia).
3 Comment, I, 5.
4 VoirAppien, Bell, civ., II, 102; Dion Cassius, XLIII, 23; Suétone, César, chap. xxxix, et Pline, HisL nat,, VIII, 22, qui rapportent toutefois diversement le fait.