LIVRE VI. — LES SPECTACLES
dant tout le temps qu'ils y passaient, et, selon toute probabilité , il en avait été de même antérieurement déjà. On peut juger des abus qui s'ensuivaient par l'édit même, d'après lequel un de ces convois , au lieu de ne stationner qu'une semaine, comme il le devait, à Hiérapolis, qui était alors la capitale de la province de l'Euphrate , avait fait un séjour de trois à quatre mois. Les conducteurs étant allés dans leurs exigences, contre tous les précédents, jusqu'à requérir des cages, les empereurs, pour y mettre ordre, défendirent à tout convoi de s'arrêter, désormais , plus de sept jours dans une ville ^ Aux spectacles de l'amphithéâtre, on ne se bornait pas, comme nous l'avons déjà dit ailleurs, à faire la chasse aux animaux et à les lâcher pour le combat les uns contre les autres , ou contre des hommes , mais on les exhibait aussi, notamment ceux d'espèces rares et inoffensives. A cet effet, on les parait, d'après le goût du temps ; on les couvrait surtout de larges écharpes bariolées, de plaques en métal (hracteae), de feuilles d'or et d'autres oripeaux; on les peignait même en couleur. Aux spectacles, comme dans les processions et les sacrifices, figuraient des animaux ainsi arrangés, et dont beaucoup de monuments ont conservé des images^. On voyait là des bœufs tout peints en blanc^, des moutons de couleur
ï Code Théodosien, XV, titre xi, 1. 2.
2 Voir Henzen, Ann., d, I., 1840, p. 20, ainsi que la mosaïque de Borghèse.
3 H. A. Gallieni duo, chap. tui : Processerunt etiam altrinsecus centeni albi boves cornibus auro jugatis et dorsualibus sericis discoloribus prœfulgentes. — Juvénal, X, 65 :
Duc in Capitolia magnum
Cretatumque bovem
(Imitation d'un yers de Lucilius, d'après le scoliaste.)
pourpre ou écarlate^ des autruches teintes avec du cinabre^ et des lions à crinière dorée ^.
Il n'y avait pas moins de prodige dans le nombre des animaux apprivoisés et dressés^ offerts en spectacle dans Tamphi théâtre^, que dans l'adresse extraordinaire et les tours de force de leurs dompteurs*. Déjà sous Auguste, on poussait si loin la virtuosité, dans cet art, que Manilius^ crut devoir le ranger parmi les professions pour lesquelles des hommes nés sous certaines constellations ont une voca* tion toute particulière. Depuis que Jules César s'était fait éclairer jusqu'à sa demeure par des éléphants portant des flambeaux^, et Marc-Antoine traîner, avec la danseuse CythériSjSur un char attelé de lions^, l'usage d'entretenir, dans les palais des empereurs et des grands, des lions , des panthères, des ours, des sangliers, des loups tant sauvages qu'apprivoisés, était notoirement devenu très-fréquente
1 Pline, Bist. nat., VIH, 197.
- H. A., Gordiani très, c. iir (Struthiones Mauri miniaU ccc).
^ Sénèque, Lettres, 41, 6 : Aliter leo aurata juba mittitur,... aliter incultus... bic... prœfertur illl languido et bracteato. De benef., I, 6, 3 : Ne in TÎctimis quidem, llcet opimae sint, auroque pr^efulgeant.
^ H. A., Gordiani très, chap. xxxni. — Gallieni duo, chap. vm (mansuetse ferae divers» generîs ce). — Sur sles singes en particulier, voyez Cicéron, à Atticus, VI, i, 25 (cynocephalus in essedo], et Luxor., de simiis canum dorso impositis. (Anthol. lat., éd. Meyer, 341.)
^ Plutarque, De solert. anim., chap. v, 5, p. 963 C.
^ IV, 23i, etc.; V, 700. —Voir aussi Sénèque, Lettres, 5, 41.
7 Dion Cassius, XXXIX, 22; ou pour monter au Capitole, d'après le récit de Suétone {César^ chap. xxxvii).
« Cicéron, Philipp. 2, 24. — Plutarque, Marc-Antoine, chap. ix. — Pline, Hist, nat., VIII, 65.
0 Voir, pour cette énumération d'animaux en possession de particuliers, lÉdit des Édiles dans le Digeste, XXI, 1, 40-42; puis Sénèque, De ira, III, 23; Juvénal, VII, 76; Plutarque^ De cohib. iroy chap. xiv, etc., p. 462 F; Pansanias (VIII, 17, 3), qui mentionne des sangliers blancs et des ours; Épictète, Diss. IV, 1, 25; Dion Cassius, LXXVII, 7 ; Vie d'Hétiogabalf, chap. xxi, xxv, xxviii.