‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 73 sur 258 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES

Chez les Romains, les dompteurs d*animaux semblent avoir, précisément, pris à tâche de dresser les bétes pour les choses les plus contraires à leur instinct naturel. Des taureaux sauvages laissaient danser de jeunes garçons sur leur dos ^ , se posaient sur leurs pieds de derrière^, trottaient dans l'eau en compagnie des chevaux.^, et se tenaient immobiles, comme des cochers, sur des voitures à deux chevaux-, lancées à grande vitesse^. Des cerfs apprenaient à obéir au frein*, des panthères à marcher sous le joug*. Des grues décrivaient des cercles en courant^ et se battaient entre elles ^. De paisibles antilopes s'entre-choquaient avec leurs cornes, jusqu'à ce que Tune de ces pauvres bêtes, ou toutes les deux, restassent mortes sur la place^. On amenait des lions jusqu'au dernier degré de la docilité du chien. Dans les spectacles de Domitien, l'on en vit qui prenaient des lièvres dans l'arène, les tenaient entre leurs dents sans les mordre, puis les lâchaient et les ressaisissaient de nouveau ^®. Des éléphants s'agenouillaient sur un signe de leurs insfrucleurs nègres ^^, exécutaient des danses, avec accompagnement de cymbales agitées par l'un d'eux^^, se mettaient

1 Martial, V, 31.

2 Élien, Nat, anim., VII, 4.

3 Dion Cassius, LXVI, 25.

4 Pline, HisL naL,\ill, 181.

^ Martial, I, 104, 3, etc. — U est aussi question de cerfs appriyoisés dans les Institutes, H, 1,15.

^ Martial, iHd.

7 Pline, HisL mt, X, 59.

» Dion Cassius, LXVI, 25.

0 Martial, IV, 35 ; 74.

ïo Le même, I, 6; 14; 22; 48; 61; 104.

11 Le même, I, 104; VIII, 74. — Sénèque, Lettres, 85, 41. — Gaylus, Recueil d'antiquités^ VI, pi. l.

12 Élien, Hist. lud., c. xiv, 5. — Voir aussi Martial, l, 104; Pline^

à table , portaient à quatre un cinquième en litière , comme une femme en couches , marchaient sur la corde tendue * , et écrivaient du latin ^. Pline assure même que, dans une compagnie d'éléphants, que l'on dressait ensemble, l'un des élèves , apprenant plus difficilement que les autres , ce qui lui valait souvent des menaces de coups, fut surpris une nuit répétant lui-même sa leçon pour s'exercer^. Les Romains avaient une espèce de tendresse pour les éléphants, dans la douceur et l'intelligence desquels ils retrouvaient quelque chose d'humain. Aux spectacles de Pompée, où l'on tua un assez grand nombre de ces animaux^ ils excitèrent la compassion du peuple à un tel point que l'impression tourna presque au contraire de l'effet qu'on avait voulu produire *.

Avec les représentations d'animaux apprivoisés ou savants, alternaient les combats d'animaux sauvages, poussés les uns contre les autres : tels ceux du rhinocéros avec l'éléphant^, l'ours ouïe buffle, de l'éléphant avec le buffle et ainsi de suite. On s'ingéniait à surexciter encore, par toute sorte de moyens, .la férocité naturelle des bêtes. On les animait avec des claquements de fouet ^, on les bles-

Hlst. nat., VIII, 4, etc.; Plutarque, De fort., c. in; Élien, Nat, arUm.^ II, 11.

1 Pline r Ancien, au passage précité; Suétone, Galba, chap. ti. — Voir aussi la yersion différente de Dion Ct^ssius, LXI, 17.

2 Élien, Hist. anim., II, 11 ; Pline, HisL nat, VIII, 6.

3 Voir aussi Plutarque, De solert. anim., chap. xii, 3.

*■ Comparez là-dessus arec la simplicité du rapport de Cicéron [Ad fam., VU, 1), témoin oculaire, le récit de Pline l'Ancien {ffist, nat., VIU, 21), ou celui de Dion Cassius (XXXIX, 88), bien plus chargé encore.

^ Dion Cassius, LV, 27.

« Sozomène, Hist, ecclés,, VII, 29.

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