LIVRE VI. — LES SPECTACLES
sait avec des aiguillons^ et des tisons^, on leur jetait des mannequins de paille, enveloppés de chiffons de couleur', que, dans leur rage , ils relançaient dans l'air*.
At me (ioga yelat) quœ furias passa est et cornua tauri Noluerit dici quam pila prima suam^.
Ce n'était pas tout : on les attachait aussi deux par deux à des longes, et le peuple ne se connaissait plus de joie quand, rendus furieux par cet accouplement forcé, ils s'entre-déchiraient.
Puis paraissaient des chasseurs éprouvés et bien armés qui, avec des chiens parfaitement dressés^, de race britannique, écossaise surtout, savaient tenir tête, isolément ou en troupe;, aux bêtes les plus féroces. Les chiens écossais étaient recherchés déjà du temps de Stràbon^, et pour les spectacles de Symmaque encore on en fit venir dans des cages de fer®. L'arc, le javelot et la lance, dans le maniement desquels , comme nous l'avons déjà vu , les Maures et les Parthes étaient surtout maîtres^, triomphaient
1 Voir la Mosaïque de Borghèse avec le commentaire de Henzen. — Taurocentœ, I. R. N, 2377.
2 livre des spectacles, 19. — Ruinart, Acta mort,, p. 171.
3 Cicéron, Pro C. Cornelio de maj. or,, 1 fr. : Videlicet homines fœneos in médium ad temptandum periculum projectos.
^ Martial^ Livre des spectacles y 9, 19, 27. ^
^ Le même, II, 43, 6.
«^ Comme la chienne sur laquelle Martial (XI, 69) a fait ces jolis vers
Amphitheatrales inter nutrita magistros Yenatrix, silvis aspera, blanda domi, Lydia dicebar, domino fidissima Dextro.
7 IV, 5, 2, p. 199. — Voir aussi Gratins Faliscus, Cyneg., 174, etc. ; Nemesianus, Cyneg., 124, etc.
s Symmaque, Lettres, II, 77.
» Hérodien, I, 15.
même du lion et de la panthère, de Tours et de ^u^e^ On voyait aussi quelquefois, dans Farène^des bestiaires tuer Tours d'unéoup de poing, habilement asséné sur la lête^ et vaincre le lion sans difficulté, après Favoîr ébloui en lui jetant un manteau sur les yeux^. Les combats de taureaux, très à la mode en Grèce et particulièrement en Thessalie*, puis également introduits à Rome par Jules César*, s'y renouvelèrent souvent dans la suite. On opposait des hommes, combattant soit à pied^, soit à cheval, à ces animaux farouches, qu'on ne faisait qu'irriter de plus en plus en leur présentant des morceaux d'étoffe rouge '^. Les cavaliers pourchassaient le taureau , à la manière thessalienne, jusqu'à ce qu'il fût harassé de fatigue, puis le terrassaient en le saisissant par les cornes. Claude fit combattre un détachement de sa garde prétorienne à cheval, sous le commandement de ses officiers, contre des panthères d'Afrique; Néron, des cavaliers du même corps, contre quatre cents ours et trois cents lions*.
Mais qu'était-ce que ces spectacles de l'amphithéâtre , à côté de ces terribles exécutions capitales où, dans l'arène
i Livre des spectacles, 15, 27.
2 Pline, Hist naL, VUI, 34.
3 Ihid., 54.
* Artémidore, Oniroer., I, 8, p. 15. — Voir aussi AnthoL Pal., éd. Jacobs, II, 192 (IX, 543). — Le Recueil des Inscr. gr. mentionne de ces com* bats à Milet (2858) et à Smyrne (3212); Aristide {Or, XXV, éd. Jebb., p. 324), à Pergame.
6 Pline, Hist, nat., VIII, 182. —• Appien, B. C, II, 102. — Vellejus Patercuîus, II, 56.
6 H. A., Gallieni duo, chap.xii.
7 Ovide, Métam., XTI, 103.
8 Suétone, Claude, chap. xxi ; Dion Cassius, LXI, 9. — Nous réservons pour l'annexe no 2 une notice plus détaillée sur les différentes espèces d'animaux que les Romains faisaient paraître et employaient dans leurs spectacles.