LIVRE VI. — LES SPECTACLES
Tan 202, on avait transformé l'arène en un vaisseau qui, crevant soudain, se déchargea d'une multitude d'animaux des espèces les plus diverses. Des ours, des lions, des panthères, des autruches, des ures, se mêlèrent et se pressèrent, en courant dans tous les sens; sept cents animaux furent ainsi montrés au public et tués, pendant ces fêtes, qui durèrent sept jours ^ D'après Dion Cassius^, un vaisseau pareil avait, antérieurement déjà, servi de modèle pour la construction du navire dans lequel Âgrippine devait trouver la mort. Au spectacle décrit par le poète Calpurnius, le parquet s'entr'ouvrit plusieurs fois, et Ton vit s'élever de ses trucs une forêt magique d'arbres tout resplendissants d'or, avec des jets d'eau parfumés, qui se remplit aussitôt de monstres, originaires de zones lointaines, sortis des mêmes profondeurs'.
On donnait aussi , dans Tarène , des représentations théâtrales proprement dites, du genre pantomime surtout; seulement tes acteurs n'y étaient autres que des criminels condamnés. On les instruisait et exerçait spécialement pour leur rôle, dans lequel ils ne feignaient pas de subir, mais souffraient bien réellement la mort et les tourments. Us paraissaient couverts de tuniques somptueuses et brochées d'or, ainsi que de manteaux de pourpre enguirlandés d'or, quand soudain s'échappaient de ces magnifiques vêtements, comme de ceux de Médéé, des flammes destructives qui consumaient les malheureux, au milieu d'horribles souffrances*. Dans la bouche du peuple ce genre de tuniques
1 Dion Cassius, LXXVI, I. — Voir aussi, pour la médaille frappée à ce sujet, Ekhei, D. N., VU, 182.
2 LXI, 1. — Voir aussi Tacite, Annales, XIV, 5, etc.
3 Calpurnius, Eclog., VII, 69, etc.
* Plutarque, De sera num. vind., c. ix. — JertuUien {Ad marC,
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iiiflammables s'appelait iunica molestai Des chrétiens furent obligés de subir le martyre en costume de prêtres de Saturne, c'est-à-dire enveloppés aussi de manteaux d'écarlate et de pourpre^, des chrétiennes, travesties en prêtresses de Gérés*. Il n'y avait guère de forme de torture et de supplice, mentionnée avec effroi par l'histoire ou la littérature, qui ne fût employée, pour l'amusement du peuple, à ces représentations. On y voyait Ixion avec sa roue^. Hercule périssant dans les flammes au mont (£ta^, Mucius Scœvola tenant sa main sur le brasier jusqu'à ce qu'elle fût consumée®, le brigand Lauréolus, héros d'une farce connue du temps, mis en croix et déchiré dans cet état par les bêtes féroces. Un témoin oculaire raconte comment tous les membres tombaient en lambeaux de ce corps ruisselant, hideux et informe; et, ajoute-t-il, comme pour calmer son effroi, celui qu'on martyrisait ainsi devait être certainement un parricide, un incendiaire, ou un sacrilège"^. Au même spectacle, un autre condamné sortit d'un caveau souterrain, comme Orphée, revenant des enfers. La nature
c. y) dit : « Jam et ad ignés quidam sese auctoraverunt, ut certum spatium in tunica ardente conficerent », ce qui jjaraît du reste à peine croyable. — Voir aussi le même, Ad nat., I, 18.
1 Martial, X, 25. — Voir aussi Juvénal, I, 155; VIII, 235, et Nipperdey sur Tacite, Annales, XV, 44.
2 TertuUien Detestim. anirnse, c. ii; De palL, c. iv.
3 Passxo S, Felicitaiis et Perpetuse, c. xvm.
*■ TertuUien, De pudio, c. xxii : Puta nunc sub gladio jam capite librato, puta in patibulo jam corpore expanso, puta in stipite jam leoni concesso, puta in axe jam incendio adstricto.
5 Le même, ApoL, chap. xv : Vidimus (in cavea) aliquando castratum Atyn, illum deum ex Pessinunte (!), et qui vivus ardebat Herculem induerat. — Anthol. Pal., éd. Jacobs, II, 374 (XI, 184), où l'on brûle un voleur, travesti en Hercule.
6 Martial, VIII, 30; X, 25.
7 Livre des spectacles, 7.