‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 84 sur 258 · LIVRE ^I. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE ^I. — LES SPECTACLES

peuple romain \ L'édifice construit par les Flaviens fut ajouté, avec raison, parles contemporains, à la liste des merveilles du monde*. Fondé sur quatre-vingts puissantes arches, il s'élevait, à quatre étages, jusqu'à une hauteur de 150 pieds, et pouvait contenir 87,000 spectateurs. La galerie la plus rapprochée de l'arène, à l'intérieur, immédiatement au-dessus de celle-ci, était le siège des sénateurs. Là s'asseyaient les chefs des anciennes familles princières-, les dignitaires de l'empire dans leur costume officiel, les collèges des prêtres couverts de leurs ornements sacerdotaux, et les vestales; au milieu de ce cercle brillant, à une place découverte, ou dans une loge magnifique, l'empereur avec sa maison et sa suite. Parfois aussi, un prince d'Orient, coiffé d'un bonnet élevé et drapé d'amples vêtements couverts de pierreries, y attirait les regards^; ou un chef de tribu germanique, en habits collants, excitait l'admiration par sa taille de géant, et l'envie des dames romaines par sa blonde chevelure. Car c'était là, comme on vient de le dire, la place des rois et des ambassadeurs étrangers^, et Ton ne manquait pas, dans ces occasions, d'y montrer également au peuple des prisonniers de distinction ^ Le grand public des autres classes couvrait, par miUiers, les sièges de marbre qui s'élevaient par degrés, en formant des cercles de plus en plus larges, au-dessus de la galerie sénatoriale. Cette

1 Tacite, Annales, Xlll, 54.

2 livre des spectacles j 1.

3 Suétone, Caligula, chap. xxxv : Edente se munus (Ptolemdsum) ingressum speclacula convertisse hominum oculos fulgore purpureœ abollse animadyertit.

* Voir les termes d'un rescrit de Jules César dans Josèphe, A. /., XIV, 10, 6.

5 Suétone, Auguste, chap. xliii : Quodam autem muneris die Parthorum obsides tune primum missos per mediam arenam in spectaculum induxit superque se subsellio secundo collocavit.

foule comprenait un mélange des formes, des couleurs et des costumes particuliers à toutes les races et à toutes les nations. Tous les citoyens romains étaient revêtus de la toge blanche et portaient des couronnes, par égard pour la présence de l'empereur comme en l'honneur de la fête ^ . Dion Cassius^ fait aussi mention des couronnes de lauriers des sénateurs, qui ne manquaient certainement jamais de s*en parer dans les grandes solennités.

Les places des femmes étaient dans les galeries supérieures de l'amphithéâtre (kes vestales et les dames de la famille impériale ayant seules le privilège de contempler les scènes sanglantes de Tarène de la galerie la plus voisine. Aux places les plus élevées, se pressait la multitude de ceux que leur basse condition ou leur mise déguenillée et malpropre excluait des sièges inférieurs®. A l'œil, se promenant sur ce vaste espace, la distribution de cette masse de peuple énorme apparaissait sous un aspect aussi simple qu'imposant. Toutes les lignes d'architecture étaient relevées par de riches ornements d'art ^, qui mettaient le cadre en harmonie avec le grandiose du tableau même. Audessus de tout l'espace ménagé pour les spectateurs, on pouvait, pour les garantir des rayons du soleil, dresser un immense toit de tenture, dont les panneaux bariolés faisaient tomber sur l'intérieur du bâtiment tous les reflets de leurs diverses couleurs*. De l'arène, des fontaines

^ Suét.^ chap, LYiii : Patris patriœ cognomen detuleruat ei . . . . plebs... îneunti Romœ spectacula^ frequens et laureata.

2 LXXn, 21.

3 Galpurnius, Eclog., VH, 26 et 79. * Ibid., 47.

6 Lucrèce, IV, 76, etc. — Pline, /T. N., XIX, 25 : Vêla nuper et colore cœli stellata per rudentis stetere etiam in amphitheatris prlncipis NeronîB.

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