LIVRE VI. — LES SPECTACLES
rétat de chaux « par la sottise des Romains » \ Paul II se servit des blocs de travertin qui s'y trouvaient pour la construction du palais de Saint-Marc , dit palais de Venise; le cardinal Riario, pour la chancellerie bâtie par Bramante; Paul III, pour le palais Farnèse ^. Le plan de Sixte- Quint d*établir au Colisée une manufacture de drap, avec des logements pour les ouvriers, fut déjoué par la mort de ce pape ^. Dans Tannée du Jubilé, 167S , on mura les arches de l'entrée , pour couper court à ces profanations et empêcher qu'on n'abusât davantage d'un pareil monument ^. Une concession faite en 1671 , pour deux ans, à deux compétiteurs, pour y donner des combats de taureaux, était restée sans effet ^. En 1727, on permit à Termite du Colisée d'affermer Therbe qui y croissait *. Cependant, toutes les mesures adoptées se trouvèrent insuffisantes, jusqu'à ce que Benoît XIV, en partie déterminé par une tentative d'assassinat sur la personne de Termite en 1741 , fit de la conservation et de Tentretien convenable du Colisée Tobjet d'une sollicitude majeure et durable ^.
Avec Pie VII commença la période de la restauration effective, qui malheureusement se ressentit beaucoup, par la manière dont furent conduits les travaux, du manque, si fréquent en Italie, d'intelligence et de ménagements pour la forme originaire et le caractère primitif de Tédifice à restaurer». Le Colisée ne présente plus, aujourd'hui,
* Marangoni, p. 47. — Sallengre, Nov. thés, aniiq. Roman., I, p. 502.
2 Ibid., p. 46.
3 Jbid,, p. 60, etc.
* Ibid., p. 64
5 Ibid., p. 72.
6 Ibid., p. 73.
7 Ibid., p. 67, etc.
s Sur les dernières restaurations, il faut voir Canina, A. d, /., 1852, p. 258, etc.
19S MÛEURS ROMAINES.
l'aspect qu'il offrait, alors que la puissante imagination de lord Byron conjurait les esprits des morts, qui avaient abreuvé cette arène de leur sang, à reparaître au milieu de ses débris, au clair de la lune. La verdure qui foisonnait sur les murs, épaisse comme une forêt, a disparu; les nouvelle bâtisses en briques forment, avec les anciens blocs de travertin , un contraste qui fait peine. Au-dessus de la crête la plus élevée des murs court un fil télégraphique. A l'entrée, une sentinelle française est en faction. Deux fois par semaine, dans l'après-midi, le sermon d'un capucin édifie, dans l'arène, un certain nombre de dévots, des plus basses classes pour la plupart, et les vieilles arches retentissent d'hymnes et de cantiques.
CHAPÏTRE IV.
lie théâtre.
Place des jeux scéniques à côté des autres spectacles. — Âtellanes. — Farces mimiques. — Immoralité de ce genre de pièces. — Allusions qu^on y faisait au présent et notamment aux empereurs. — Le drame classique. — La comédie à sujets grecs (palllata), — La tragédie. — Séparation du chant et de la danse dans la tragédie. — Décomposition de la tragédie en ses divers éléments. — Concerts à demi dramatisés des tragédiens. — La pantomime comme genre à part. — Textes des pantomimes. — Musique des pantomimes. — Danse des pantomimes. — Caractère expressif de cette danse. — Attrait qu'elle a pour les sens. — Obscénité et influence corruptrice de ce spectacle. — Genre tragique et satyrique. — Pylade et Bathylle.
— Autres pièces à danses. — La pyrrhique. — Pyrrhiques dramatisées.
— La pantomime domine sur la scène. — Dilettantisme dans Fart de la danse. — Déconsidération des acteurs. — Ils sont pour la plupart esclaves ou affranchis. — Position sociale des acteurs célèbres. — Honneurs et distinctions dont ils sont l'objet. — Récompenses. — Les acteurs de la cour sont souvent les favoris des empereurs. — Engouement du public pour les acteurs. — Partis au théâtre. — Tumultes au théâtre.
Comme on Ta déjà dit (p. 2S et 27), les spectacles de la scène, les moins dispendieux et les moins difficiles à monter de tous, étaient aussi de beaucoup les plus communs, bien qu'ils fussent loin d'intéresser aussi vivement que les deux autres genres. Rome eut, il est vrai, depuis le commencement de Tempire, trois théâtres permanents, mais tous les trois ensemble ne contenaient guère, d'après