‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 94 sur 258 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES

Parmi les genres dramatiques déjà existants, ce furent les deux plus bas, la farce atellane et la pièce mimique {mimus), qui arrivèrent à dominer la scène sous l'empire. La première, espèce de comédie de polichinelle, originaire de la Campanie, où elle est restée populaire jusqu'à nos jours, avait été transplantée de bonne heure à Rome. Improvisée dans Torigine, elle fut introduite dans la littérature au temps de Sylla. Une action brève, probablement en général bornée à un seul acte, s'y attachait à quatre masques^ prototypes des personnages de la moderne comédie de caractère italienne. Pappus, le vieux, répondait à peu près à Pantalcm» Dossennus, Thomme sage, tour à tour maître d'école, devin, etc., au dottore; il faut y ajouter les deux figures du butor ou goulu, Buccon, et du niais, Maccus. Les nombreux titres d*atellanes parvenus jusqu'à nous, bien que d'une origine plus ancienne, nous font connaître les sujets favoris de ce genre, qui restèrent probablement en général toujours les mômes, sous l'empire comme sous la république. On y voit exceptionnellement aussi figurer des sujets mythologiques, comme celui de VAgamemnon supposé. Souvent on mettait en scène les types de certaines nationalités, comme les Campaniens^ les Gaulois transalpins, les Soldats de Pométie, dont la manière de parler et la tenue provinciales devaient amuser beaucoup un public de citadins. La mine la plus riche était, sans doute, celle des sujets empruntés à la vie rustique, comme, le chevreau, le sanglier malade et le sanglier bien portant, la vache, la basse-cour, les vignerons^ les bûcherons, etc.; puis aux métiers des villes, comme les pêcheurs ^ les peintres^ les crieurs publics, mais surtout les foulons, qui jouaient en général un grand rôle sur la scène romaine. Nombre d'autres titres nous montrent

les personnages principaux de la pièce dans toute espèce de situations comiques, hérissées de complications : ainsi les deux Maccus^ Maccus en jeune fille , en soldat y en tavernier, en proscrit; les deux Dossennus , Pappus campagnard, la fiancée de Pappus, Buccon à F école des gladiateurs. Il parait qu'on faisait intervenir souvent aussi des fantômes* Comme il va sans dire, le comique de cette comédie populaire était essentiellement grotesque, les plaisanteries y étaient très-vertes et fourmillaient notamment d'obscénités.

I^a farce mimique [mimus) aussi était une pièce de caractère, de faible cohésion, prise dans la vie commune, courte comme l'atellane, mais sans masques stéréotypes. De même que l'atellane^ on la donnait comme intermède, ou après d'autres représentations, et elle jouissait, du temps de Cicéron, de plus de faveur que celles-ci. Sous l'empire aussi, la pièce mimique est mentionnée parmi les farces que l'on désigne comme ayant souvent défrayé le spectacle. C'est de tous les genres dramatiques celui qui se maintint le plus longtemps, car il survécut môme à la chute de l'empire d'Occident. A en juger par les titres qui nous ont été conservés, les sujets de ces pièces étaient à peu près les mômes que ceux de l'atellane , à cela près qu'ils paraissent empruntés aux mœurs des villes plutôt qu'à celles des campagnes, mais particulièrement à celles des classes inférieures et des artisans, outre qu'ils semblent avoir porté aussi sur la caricature de nationalités étrangères et, finalement, mais par exception seulement , sur des contes mythologiques. Ainsi Ton voyait figurer dans une de ces pièces trois Hercules affamés; dans une autre, Anubis accusé d'adultère, et l'on assistait dans une troisième à la lecture du testament de

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