LIVRE VI. — LES SPECTACLES
feu Jupiter*. Dans une pièce mimique jouée la veille de Tassassinat de Caligula, on représenta la erucification du fameux chef de brigands Laureolus,dans le supplice duquel on voyait le sang couler artificiellement, et plusieurs bouffons singer cette horrible scène ^. Dans une autre de ces pièces, représentée au théâtre de Marcellus, en présence de Vespasien, le rôle principal était celui d'un chien auquel on faisait prendre un narcotique, et qui savait exciter Tadmiration de tous les spectateurs par la manière dont il feignait de s'endormir peu à peu et de se réveiller ensuite'. Les filouteries et les tours de chicane revenaient souvent dans ce genre^; les intrigues amoureuses et les scènes d'adultère, plus fréquemment encore. L'amant surpris se laissait emporter dans une armoire, pour échapper à la colère du mari trompé; Tépoux envoyait sa jeune et jolie femme chez l'ennemi puissant qu'il redoutait, afin de le désarmer par les appas de sa moitié, et ainsi de suite^. Des vicissitudes soudaines dans la destinée des personnages rappellent certaines farces de notre temps , accompagnées de merveilleux. Des mendiants devenaient riches d'un
^ TertuUien, Apol, 15 : Dispicite Lentulorum et HostiUorum venustates, utrum mimos an deos vestros in jocis et strophis vestris rideatis, mœchum Ânubin, et masculam Lunam et Diaiiam flagellatam et Jovis mortuî testamentum recLtatum et très Hercules famelicos irrisos. — Vanon {Sat, Ménippée, S^, l,éd. Oehler) semble faire allusion à une farce mimique ayant pour héros Actéon, dans ce passage : Quod si Actœon occupasset et ipse prius canes suos comedisset et non nugas saltatoribus in theatro faceret.
2 Suétone, Caligula, chap. lvii. — Juvénal, VIII, 185.
3 Plutarque, Desolert. anim., chap. xix, 9.
* Cicéron, Pro Rahir., chap. xii. — Prudentius, in Laur, martyr., p. 144.
5 Ju?énal, VJ, 45; I. 35; VIH, 185.
coup^; des riches , obligés de chercher leur salut dans la fuite, parcouraient la scène pleins d*angoisses, la tête enveloppée d'un manteau, à l'exception des oreilles, avec lesquelles ils semblaient guetter l'approche de leurs persécuteurs*. Les invectives jouaient un grand rôle' dans la pièce mimique , ainsi que les coups , et le claquement des soufflets appliqués aux grosses joues des benêts^ qui figuraient aussi régulièrement dans ces pièces, parait y avoir été goûté comme une des meilleures plaisanteries. Le langage était plein d'expressions et de tournures à l'usage des clauses les plus infimes*; l'esprit, trivial et bouffon* ; le jeu, d'un comique grossier, tirant à la charge. Les grimaces, les bouffonneries du geste et des danses grotesques s'y mêlaient comme des ingrédients nécessaires; les danses, avec accompagnement de flûtes surtout. On vit, sous l'empire, des pièces mimiques offrant une action parfaitement développée*; et peut-être la farce emprunta-t-elle d'autant plus à la comédie classique, qu'elle la supplanta davantage sur la scène. Cependant celles de ces pièces où Ton faisait bon marché du dénouement dramatique pouvaient avoir, à cette époque aussi , comme auparavant déjà, formé l'ordinaire du répertoire. La pièce devait-elle finir, l'un des personnages, l'amant pris sur le fait , par exemple, se sauvait, la musique prenait son tour et tout se terminait par une danse ^; l'appareil scénique était très-simple. Les mimes jouaient sur l'espace le plus avancé de la scène, séparé du fond de
1 Cicéron, Phil.,l\,27.
2 Sénèqne, Lettres, 114.
3 Philon, ad Caïum, p. 598 M.
4 Aulu-Gelle, N. A,, XVI, 7.
5 Philon, loc. cit., p. 552.
« Quintilien, IV, 2, 53. — Plutarque, Qu. conv., VII, 8, 4. 7 Cicéron, Pro CœL^ c. xxvii.