‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 3)Chapitre 22 sur 77 · LIVRE XII. — LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE

aussi p&le qu'amaigrie ; il espérait, en persévérant encore vingt ans dans cette étude, arriver à son but ! mais il se voit finalement obligé de reconnaître que, pour déclarer une philosophie quelconque la seule propre à faire notre bonheur éternel, il faudrait avoir eu le temps de faire préalablement un examen suffisant de tous les systèmes en particulier, examen pour lequel il faudrait bien deux siècles ou cent ans au moins. Puis, où est la certitude que la vérité se trouve réellement dans un système quelconque ? Et^ lors même que Ton aurait trouvé la philoso* phie seule vraie, quel moyen aurait-on de s'assurer aussi contre Terreur, dans le choix du professeur qui doit l'enseigner ? Or, avec tout cela^ les efforts de ceux qui étudient la philosophie ne visent même pas- à ce qui est, au fond, le but véritable de celle-ci, la manifestation du savoir par des actQ3, mais à un misérable épluchement de mots, des syllogismes, des conclusions fallacieuses et des questions auxquelles il est difficile de répondre ; et ils admi* rent l'habileté de leurs maîtres à embarrasser les autres par des sophismes. Au lieu dç chercher à cueillir les fruits, ils s'échinent pour l'écorce et se jettent mutuellement à la figure les feuilles de l'arbre K

Aristide enfin a, évidemment, cru remplir un devoir sacré, que lui imposait sa position dans le monde littéraire, en intervenant par deux longs discours « pour la rhétorique i>> dans la lutte entre celle-ci et la philosophie, avec tout le poids de son autorité, en faveur de la première» dont il a pris la défense contre les imputations de Socrate dans le Gorgias de Platon. La rhétorique n'est pas seulement, ce que Ton nie dans cet écrit, un art, puisqu'elle

^ LuoidD, Hermotimet 2, 6, 4S à 67, 77, 70.

tient par des liens indissolubles à toutes les vertus cardinales ; elle a été inventée par la sagesse pour Tamour de la justice, et elle est protégée par la vaillance et par Thonnèteté. Celui qui sait comment on doit parler, sait aussi comment il faut agir ; bref, Fart oratoire est le fondement et le compendium de toute éducation morale, aussi bien que de toute culture intellectuelle ^ Dans un discours d'une longueur démesurée, le même Aristide a ensuite défendu les quatre grands hommes d'État d'Athènes, Miltiade, Thémistocle, Gimon et Périclës, contre les accusations de l'idéalisme platonique, et vidé, à cette occasion, toute la coupe de fiel de sa colère sur les philosophes de son temps ^ Si Fon peut encore se résigner, dit-il, à subir patiemment ce ique de pareilles accusations ont d'injuste de la part du grand Platon, il est intolérable que des gens, bons à rien, osent prendre formellement pour tâche l'imitation d'un tel procédé et ne craignent pas d*injurier même un Démosthène. Qui, si ces injures s'adressaient à des vivants, les souffrirait de la part d'hommes pareils, faisant plus de fautes de grammaire qu^ils ne profèrent de mots^ d'hommes regardant les autres avec le mépris qu'ils méritent eux-mêmes, se portant juges des autres, sans jamais interroger leur propre conscience, et faisant l'éloge de la vertu, mais ne la pratiquant pas '? Jamais ils n'ont, comme les rhéteurs, tenu, imaginé ou composé un discours fructueux, prêté de l'éclat aux fêtes, rendu des honneurs aux dieux, conseillé des villes, consolé des

' Aristide, Or., XLV» p. 96 Jebb^ éd. Diodorf, U, 128, etc.

^ Ibidem, XLVI, p. 307, etc., Jebb ; éd. Dind., II, 397, etc.

' Ibidem, p. 307 J.; éd. D., 397, etc.— Jebb s'est cvidemmeoi trompé en rapportant aux chrétiens ce qui, dans cette sortie, s'applique aux philosophes.

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