‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 3)Chapitre 51 sur 77 · LIVRE Xll. — IMMORTALITÉ DE l'aME. 4i · texte numérisé non relu

LIVRE Xll. — IMMORTALITÉ DE l'aME. 4i

qui ont m6me cessé d'être hommes ; comme si notre haleine différait en quoi que ce soit de celle de toutes les autres créatures, et comme s'il ne se trcfuvait pas, dans la nature, tant de choses, de plus longue durée, auxquelles personne ne s'avise pourtant de prédire l'immortalité. Quel corps aurait donc l'âme affranchie ? De quelle substance? Quelle y serait la faculté de penser? Qu'est-ce qui y suppléerait à la vue, à l'ouïe, au toucher? Comment ferait-eUe usage de ces dons, et, sans eux, quel bien pourrait exister pour elle? Où est le séjour et quel est le nombre de cette, multitude d'&mes toutes également réduites, dans le cours de tant de siècles, à ne plus être que des ombres ? Moyens de faire taire les enfants que tout cela, chimères d'un état mortel, qui tendent à reculer continuellement la fin ! — Maudite insanité que cette opinion du renouvellement de la vie par la mort ! Et où les créatures trouveraient-elles jamais le repos, si la conscience de r&me persistait dans les régions supérieures, et l'ombre aux enfers? Véritablement, cette consolation que Ton prétend être si douce, cette béatitude de la foi ôte sa vertu à la mort, qui est le souverain bien de la nature, et cette perspective d'un avenir d'outre«tombe ne fait que redoubler l'agonie du mourant. Car, s*il est doux de vivre, pour qui peut-il être doux d'avoir vécu ? Gomme il serait plus facile et plus sûr que chacun s'en rapport&t à lui-même, et s'en remît à l'autorité de l'expérience du temps antérieur à sa naissance, pour acquérir la preuve certaine de ce qui adviendra dans l'avenir * ! » Cette profession de foi, dans laquelle s'expriment des

I Pline, HUt. nat.f VU, 188 à 191. — Au sajet da fMssage omis» VOyec Zeller, I,i)20, 1.

aspirations au néant qui frisent les idées des bouddhistes sur la vie, est un fait isolé. Mais cette manière de concevoir rame, dans le sens du matérialisme, et la négation de rimmortalité qui en dérive, étaient pour le moins aussi répandues que l'épicurisme, qui avait d'ailleurs, sans doute, directement ou indirectement, déterminé Topinion de Pline, et avec lequel le matérialisme de celuici se rencontre aussi dans Tidée d'une origine céleste de rame et de « sa parenté avec les astres ' » . La perspective d'une fin de Texisteitce n'avait rien de triste pour les partisans convaincus de cette doctrine, car c'était la perspective d'un repos éternel. Il leur souriait assez de se lever ainsi tranquillement de table^ comme des convives rassasiés du banquet de la vie, pour s'abandonner à un sommeil assuré contre tout trouble*. «Au sommeil étemel» , porte l'inscription d'un monument posé au philosophe épicurien, G. Matrinius Valence, par sa femme survivante'. D'autres monuments funèbres encore, portant la môme inscription, ou bien aussi « au repos assuré (Securitatt) x>, indiquent la négation de l'immortalité ^, bien qu'elle ne se trouve pas exprimée partout en termes aussi peu équivoques que dans l'épitaphe, composée par lui-même, d'un certain Nicomède, qui parait avoir été un chanteur nomade, débitant les poésies homériques, à Gos : « Après m'étre moqué de tout ce qui est absurde, me voici plongé dans un sommeil

1 Hist. nat.f II, 96. ~ ZeUer, Ul, 1, 388.

' Lucrèce, III, 938» etc.

•Orelli, 1192.

* SomBO œterno : Orelli, 4428, — Voir àusai Henzen, lodei^ p. 200. — Securitati sacrum : Orelli, 4849 ; J. 0. M. (D. M?) et perpetuœ securitati : 4448 ; Dis securis : 4453. — Renier, Inscriptions de rAlgérie, 1755 : D. m. s. perpetuœ securitati; 946, securitati perpetuœ; 947, securitati eterne.

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