‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 3)Chapitre 8 sur 77 · LIVRE SU. -<* LA PHILOSOPHIB ÉTHIQUE. 34i · texte numérisé non relu

LIVRE SU. -<* LA PHILOSOPHIB ÉTHIQUE. 34i

qu'il prêtait aux dieux des faiblesses et des passions humaines, et les mettait souvent en contravention avec les lois morales. Cette idée défavorable, on se Tétait déjà formée dans Tantiquité. Denys d'Halicarnasse donnait à la théologie romaine la préférence sur la grecque, parce que les légendes étaient de trop peu d'utilité dans cette dernière et ne profitaient qu'au petit nombre de ceux qui en avaient reconnu le véritable sens; tandis qu'elles amenaient la multitude, dépourvue de toute instruction philosophique, à mépriser les dieux, ou même à regarder comme choses licites les infamies et les crimes qu'on leur attribue ^ On comprend d'autant mieux Denys se laissant entraîner à une pareille thèse, dans sa polémique contre l'absurdité des croyances populaires, que l'art des sophistes, prenant pour thème l'excuse du crime, ne devait, il est permis de l'admettre, pas négliger non plus d'emprunter des arguments à la légende ; mais ce qui est inadmissible, c'est que les actions rapportées par la légende de ces dieux aient jamais pu réellement troubler, même dans l'antiquité , la conscience morale d'hommes ayant le discernement de l'esprit et de la volonté en général; que des gens coupables d'adultère « d'homicide ou de vol se fussent jamais avisés sérieusement de vouloir justifier leurs crimes, à leurs propres yeux et à ceux d'autrui, par les exemples de Jupiter, de Mercure et d'autres dieux. Sénèque s'exprime sur ce point comme s'il n'appréhendait même pas la possibilité de l'existence d'une foi tellement absolue aux rapports des légendes, qu'elle pût ôter aux hommes la crainte du péché ^ ; et sans doute avec raison. Car, si les

^ Denys d'Halicarnasse, Ant. Rom,,, II, 20.

' QuibuB nibil aliud actam est, quam ut pudor bominibus peccandi demeretar, si taies deos credidissent. (De vita beflta, 26, 6.)

incrédules rejetaient les croyances populaires, précisément à cause de ces fables, les rationalistes parmi les croyants ont trouvé, de tout temps, le moyen de résoudre les contradictions entre la tradition et les exigences de la raison, par la critique et l'interprétation, et les croyants naïfs et sans réflexion se contentaient de reconnaître là des mystères, qui se dérobaient à la portée de l'intelligence humaine, et dont on pouvait se permettre d'autant moins de faire dériver des règles pour les actions humaines.

Aux témoignages, si nombreux, de la foi à l'existence d'un ordre moral, fondé sur la volonté des dieux et maintenu par eux dans le monde entier, témoignages qui sura* boudent dans toutes les parties de la littérature grecque et latine \ on oppose quelques badinages frivoles, dans des comédies et des poésies erotiques, où des amoureux prennent l'exemple de Jupiter et d'autres dieux pour ex* Guse de leurs ruses et de leurs écarts, sinon de véritables infamies ; on cite même le monologue de Byblis, cherchant à justifier, par les mariages des flieux avec leurs sœurs, sa passion incestueuse pour un frère, dans les Métamorphoses d'Ovide \ On pourrait tout aussi bien, et même avec plus de raison, prétendre, comme on l'a fait souvent' et déjà dans l'antiquité, de manière à embarrasser les apologistes du christianisme \ que les péchés des patriarches et d'autres

* Voir Nœgelsbacfa, Théologie postérieure k Homère, p. 27, etc. (en aUem.}«

* IX, 497, etc.— Ces mariages n'étaient permis, chez les Grecs, qn*entre frères et sœurs de lits différents. -^ Tzschirner (Chute du paganisme, p. 26) cito en oatre, comme passages analogues, les suivants : Héléagre, Épigr., 10, 14, 40; Térence, Eunuque, Hf, 5, 34 (Voir aussi saint Augustin, ConfesêUms, î), et Martial, XI, 43.

■'' Seume, entre autres, dans sa Promenade à Syracuse, ^ Tzschirner, /. c, p. 540, etc.

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