LIVRE XII. — LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE
hommes agréables à Dieu de TAncien Testament ont également exercé, comme exemples, une influence démoralisante, et rechercher, à Tappui de cette thèse, dans la litté* rature moderne, des propos folâtres ou hardis d*un ca«ractère semblable, où « le Diable invoque l'Écriture Sainte ^ » Est-il encore besoin de rappeler que non-seuleràent la législation civile punissait partout sévèrement ces délits, mais que Ton révérait et invoquait les dieux comme protecteurs des mêmes lois que, d'après la légende^ ils avaient enfreintes. Ainsi, notamment, Jupiter n'était-il pas, pour les Grecs comme pour les ^Romains, un dieu présidant au mariage P .
Il n'y a manque de malentendus sur la nature et la volonté de la divinité dans aucune religion. Benjamin Constant, dont les observations sur le polythéisme en général sont également applicables au polythéisme de cette époque en particulier ', rappelle, avec beaucoup de justesse, que l'esprit général des cultes est souvent en contradiction avec leurs commandements moraux et que les passions, excitées, par les premiers, paralysent souvent les seconds ; que des homicides n'ont été que trop souvent commis ainsi de bonne foi pour plaire à ce dieu, dont un des commandements est la défense de tuer ! Les fables, consacrées par une religion, sont l'objet d'une foi méca-> nique à certains égards ; elles semblent quelquefois reléguées à demeure fixe dans un compartiment particulier des cervelles humaines. Rome ramenait son origine aux amours de Mars et de Rhéa Sylvie, et toute Vestale
* Gomme dans une des poénes triviales de Burger, intitulée : Ma^ dame Schnipi, par exemple.
* Du polytftéUme romain, 18S3, 1,57, etc.
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qui se laissait séduire n'en encourait pas moins une pdne terrible.
Benjamin Constant élucide la thèse, indubitablement juste, que les libertés dont les dieux usent, dans la légende, quant à la loi morale, ne sont nullement chez eux une preuve d'indifférence, pour celle-ci, par l'exemple des rois, dont les déportements ne changent rien aux lois établies, pour la répression des écarts de leurs sujets, dans rÉtat. Dans le camp macédonien, Alexandre, bien qu il fût lui-même le meurtrier de Glitus, n'en condamnait pas moins le soldat convaincu demeurtre.
Les dieux, comme les grands de la terre, ont un caractère publie et un caractère privé. En vertu du premier, ils sont les soutiens de la morale ; dans la conduite privée, ils suivent leurs penchants'; mais, dans leurs rapports avec les hommes, ils ne sortent jamais de leur caractère public.
Les dieux ne sont pas les auteurs, mais les garants de la loi morale. Us la protègent, mais n'y changent rien ; ils ne promulguent pas ses commandements, mais se bornent à les maintenir en vigueur. Ils récompensent le bien et punissent le mal ; mais ils ne décident pas à leur gré de ce qui est bien ou mal, et les actions humaines tirent leur mérite d'elles-mêmes.
Bien que la croyance au gouvernement des puissances divines, le respect de leur volonté, l'espoir d'être favorisé