‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 108 sur 218 · LIVRE IX. — LÉS BEAUX-ARTS DANS L EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LÉS BEAUX-ARTS DANS L EMPIRE ROMAIN

disant qu'avec la multitude de statues qui en ont été retirées, depuis deux siècles et demi, tous les musées de l'Europe se sont enrichis; que, môme après les fouilles qui y continuent et amènent sans cesse de nouvelles découvertes, il en restera encore assez à faire pour les générations futures. Le cardinal d'Esté, qui construisit sa villa sur les ruines de celle de Mécène, à Tivoli, la garnit d'innombrables statues, que Ton y avait trouvées. Ajoutons que celles-ci ayant été, successivement, achetées et emmenées par le cardinal Albani, une grande partie en fut incorporée, dans la suite, au musée Capitolin 1 .

Il est vrai qu'on employait souvent aussi à la décoration des œuvres de peinture et de sculpture plus anciennes, comme on avait fait, par exemple, dans le parc de Domitius Tullus, ainsi que dans le magnifique temple de la Paix construit par Vespasien*. Mais ceci n'était pas faisable partout ; puis, la spoliation même la plus étendue des pays helléniques ne put, évidemment, suffire qu'en petite partie à un accroissement de besoins incommensurable, par la raison surtout que la destruction fréquente d'une masse d'oeuvres d'art, causée principalement par les vastes incendies qui, depuis le premier siècle de notre ère, sévirent déjà itérativement à Rome, produisait constamment de nouvelles lacunes, lesquelles ne pouvaient être comblées, chaque fois, que par une nouvelle production en grand. C'est ainsi que l'on satisfit à la partie de beaucoup la plus considérable des demandes d'ornements artistiques, non pas avec l'ancien stock, mais par la production de nou-

4 Winckelmann, Histoire de l'Art^ XII, 1, § 7. — Renseigoements sur les fouilles opérées dans la villa d'Adrien de 1735 à 1748, dans Ficoroni, Notizie di antichità (Fea* Miscell., I, p. 144).

* Josèphe, Bell. Jud. t VU* 5, 7;

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velles œuvres d'art, et cela d'autant plus que, dans beaucoup de cas, on voulait des sujets gui se rapportassent au présent.

Toutefois ce n'est pas seulement par les masses d'œuvres d'art produites dans un but décoratif que l'industrie artistique du temps dont il s'agit ici se distingue de celle de toutes les époques postérieures ; il y a une autre différence beaucoup plus essentielle, fondée sur la généralité beaucoup plus grande de l'emploi de ses produits, au temps de l'empire romain. Car la diffusion du besoin des jouissances de l'art, dans le monde d'alors, besoin auquel avait à satisfaire la production, dans toutes les branches du domaine des beaux-arts, était sans exemple ; et sans exemple aussi, de môme que le prodigieux développement de son activité, l'universalité qu'elle déployait, en s'appliquant à suffire à une infinité de désirs, d'exigences et de fantaisies de la nature la plus hétérogène, depuis les plus élevés jusqu'aux plus communs, depuis les plus extravagants jusqu'aux plus modestes. Elle servait ainsi à réaliser les caprices de sultan des maîtres de la terre, en même temps qu'à égayer la pauvre cellule de l'esclave. A toutes les époques de l'âge moderne, au contraire, l'art a été plus ou moins aristocratique, et, comme tel, n'a travaillé aussi, d'une manière plus ou moins exclusive, que pour une petite minorité de privilégiés. Il a été au service de l'église, du pouvoir, de l'opulence, mais n'a contribué que dans des circonstances particulièrement favorables à embellir l'existence des classes moyennes, sans jamais relever la condition de ceux qui forment les couches inférieures de la société. Il a demeuré dans les grands centres de la vie nationale, les capitales et les résidences princières, et a donné isolément à ces points un éclat dont manquaient, et manquent encore, des pro-

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