‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 112 sur 218 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS i/EMPlRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS i/EMPlRE ROMAIN

La continuité de l'emploi de la sculpture en pierre (ians un but décoratif, jusque dans les derniers temps de l'empire, résulte le plus clairement de la légende du martyre de Claude et de ses compagnons d'infortune, sous Dioctétien, légende dont l'auteur, qui ne la transcrivit guère avant le milieu du quatrième siècle, doit avoir évidemment assisté, comme témoin oculaire, aux travaux des carrières de la Pannonie, théâtre des faits qu'il raconte. Or, suivant le rapport qu'il nous a laissé, Dioclétien faisait exécuter, dans ces carrières, des colonnes de porphyre avec des chapiteaux à feuillage, de grands réservoirs d'eau en forme de conques et des bassins (lacus), ornés en partie de fruits et de feuilles d'acanthe, en partie de figures en relief. Il commanda aussi des déesses de la Victoire et des Amours, des lions crachant de l'eau, des aigles, des cerfs et une grande variété d'autres figures d'animaux, le tout évidemment pour servir à la décoration de grands encadrements de fontaines peut-être, ainsi que de bassins en marbre; ce qui est de nature à faire supposer, pour ce temps-là, un emploi général de l'ornementation en pierre, autant que le comportaient l'architecture et les moyens techniques dont on disposait alors 1 .

Dans la peinture murale comme dans l'art plastique, les sujets des temps les plus anciens paraissent s'être, en grande partie du moins, maintenus en faveur jusque dans

mûris fratrem occidit [ibid., 325). — De Diogene picto, ubi lascivienti meretrix barbam vellit et Cupido mingit in podice ejus. (ibid., 374). Cette dernière cependant était peut-être un tableau.

1 Passip sanctorum IV coronatorum, communiquée par Wattenbach dans les Rapports des séances de l'Académie de Vienne (1853), X, 115 à 137 , et dans Budinger (Recherches sur Vhistoire des empereurs romains, III, 323, etc., avec des notes archéologiques (de Benndorf) et chronologiques (de Budinger), en allemand).

les derniers temps de l'antiquité. A la fin du quatrième siècle, du vivant d'Ausone, on voyait souvent encore les murs ornés de fresques, représentant des scènes mythologiques. Il décrit lui-même une de ces peintures murales, qui se trouvait dans la salle à manger d'un certain Éole, à Trêves, et montrait des héroïnes, jadis poussées par l'Amour à un sort tragique , au moment où elles exercent leur vengeance, en tourmentant et liant Cupidon 1 .

Sidoine Apollinaire, évoque de Clermont vers 450, auquel tout l'art païen était odieux, en raison des sujets mêmes, mais plus encore à cause des nudités que cet art affectionnait, fit blanchir simplement les murs intérieurs de la chambre de bains de sa maison de campagne. « Là, » dit-il, «les yeux ne sont blessés par aucune image que dépare la beauté nue de chairs peintes, et qui, sous prétexte d'honorer l'art, fasse honte à l'artiste; là, on ne voit pas de comédiens avec des masques grimaçants et ridicules, dans- des costumes burlesques de toutes les couleurs; point de couples de lutteurs entrelacés*.» Il s'est, d'ailleurs, conservé des restes d'anciens parquets de mosaïque, beaucoup plus durables que les peintures murales, en bien plus grand nombre que l.es vestiges de celles-ci, dans presque toutes les provinces : à savoir en Espagne, en France, en Angleterre, en Suisse et en Bavière, comme dans les pays rhénans, le Salzbourg, la Transylvanie et le nord de l'Afrique; ils ne laissent aucun doute sur l'usage général de ce genre de décoration , qui avait même survécu à l'antiquité.

1 Ausone, Idylles, 6.

3 Sidoine Apollinaire, É pitres, II, 2 et 31.

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