LIVRE IX. — LES BEAUX- ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN
mis en pièces, sa femme aurait fait couler sa statue en bronze, d'après une recomposition de son corps, opérée au moyen de ces pièces, avec la permission du sénat. Cette statue, qui se trouvait placée sur la voie par laquelle on montait du Forum au Capitole, à main droite, était, d'après Procope, la seule encore existante de Domitien, et offrait la plus grande ressemblance entre cet, empereur et Justinien. Les images de Commode 1 , de Maximin, dont on fit en partie disparaître les portraits sous une couche de noir*, et d'autres empereurs, eurent le même sort que celles de Domitien. A la suite des révoltes incessantes, des guerres civiles et des révolutions de palais, qui ne discontinuèrent pas dans les siècles postérieurs, de pareilles scènes se reproduisirent continuellement, jusque dans les derniers temps de l'antiquité 3 . Nous savons, par le témoignage de saint Jérôme*, qu'au lieu de détruire les images, on se bornait le plus souvent à les métamorphoser, comme on l'avait fait, quelquefois, antérieurement déjà. Ainsi, quand un tyran a été assassiné, on renverse toujours encore ses statues et ses portraits; mais, après avoir mo- ( difié les traits du visage ou enlevé la tête, on y substitue le visage du vainqueur, pour l'échanger, plus tard, contre de ; nouvelles têtes, toujours posées sur le même torse.
Dans les deux premiers siècles de notre ère, cependant, Domitien fut, que nous sachions, le seul empereur dont
1 Dion Cassius, LXXIII, 2. — Vie de Commode, ch. xix, xx. — Vie de Pertinax, ch. vi.
* Eusèbe, Hist. ecclés., IX, 11.— Lipsius, Eue. ad Tacitum (Annales); VI, 2.
3 Marcellin Cornes, Chron., 512 : Areobindam sibi imperatorem fieri clamitant, imaginibusque deinde statuisque Anastasii in terrain dejectis, etc.
4 In Habacuc, II.
les images furent presque partout anéanties, et n'échappèrent qu'exceptionnellement à la destruction ; car les statues et les monuments de Commode doivent avoir été relevés, au moins en partie. Le 1 er janvier de l'année 193, le sénat avait décrété, au bruit d'acclamations passionnées, la démolition des statues « de l'ennemi de la patrie, du meurtrier, du gladiateur, » et fait substituer la déesse de la Liberté à une statue, érigée en face de la Curie et qui, comme beaucoup d'autres, le représentait en Hercule, menaçant d'un arc bandé 1 . En l'an 197, le même sénat fut contraint par Septime Sévère à reconnaître Commode pour un dieu 1 . Il va sans dire que la consécration assurait, postérieurement aussi, la durée des images et, souvent même, en déterminait le renouvellement. De même que Sévère avait fait voter par le sénat l'apothéose de Commode et de Pertinax, Macrin en obtint celle de Caracalla, par le meurtre duquel il était parvenu au trône. A cette occasion, le sénat disposa que l'on élèverait deux statues en costume de triomphe à Septime Sévère , et six à Caracalla , à savoir deux statues équestres, deux en pied, le montrant en tenue militaire, et deux autres, le représentant en civil'. Les empereurs des deux premiers siècles non mis au rang des dieux furent , outre Domitien , Tibère , Caligula , Néron, Galba, Othon et Vitellius. Cependant les images et monuments, en partie relativement très-nombreux, qui se sont conservés de ces princes, montrent asse2 que la consécration n'était nullement indispensable pour la conservation, mais cependant un moyen de garantir celle-ci,
Hérodien, I, 14, 9.
2 Vie de Sévère, ch. xii, 19. — A. Victor, Césars, m, 30. — Dion Casgius, LXXV, 7.
8 Vie de Macrin, ch. vi.