‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 124 sur 218 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN

et le plus efficace, comme il va sans dire. A Tarragone, capitale de l'Espagne citérieure et centre du culte des empereurs dans cette contrée, un des hommes les plus considérés de la diète provinciale avait été élu spécialement pour veiller au bon entretien des statues du « divin Adrien 1 . » Pline le Jeune ayant fait, avec l'acquisition de divers immeubles, aussi celle de statues d'anciens empereurs qui s'y trouvaient, les y laissa et prit soin de leur conservation. Déjà sous le règne de Nerva, il avait voulu faire bâtir, à Côme, un temple pour les y placer; mais, l'exécution de ce projet ayant souffert des retards, il demanda en 10*, et obtint derechef de Trajan, la permission de les transférer à Côme , ainsi que d'y joindre celle de cet empereur 1 . La consécration contribuait, d'ailleurs, aussi à l'accroissement du nombre des monuments dont il s'agît, en renforçant de plus en plus le groupe des empereurs et impératrices divinisés : ainsi, tandis que, sous Commode, il n'y en avait encore que quinze dans le temple impérial des Arvales, celui-ci en comprenait déjà vingt sous Alexandre Sévère, à savoir : Auguste, Julie, Claude, Poppée (ou L. Élius César), Vespasien, Titus, Nerva, Trajan, Plotine, Adrien, Sabine, Antonin, Faustine, L. Vérus, Marc-Aurèle, Faustine II, Commode (ou Julie Pie), Pertinax, Septime Sévère et Caracalla 8 . Il va sans dire que la disposition de ce groupe dut être aussi successivement renouvelée, dans l'ensemble, par suite du changement de sa destination monumentale, et pour les besoins du culte. Ainsi Domitien fit construire, à Rome, une colonnade, l'empereur Tacite un

* C. I. L., il, 4230.

* Lettres à Trajan, 8 (24).

3 D'après Marini Atti, p. 385* etc.

temple des empereurs divinisés, dont Alexandre Sévère fit placer les statues colossales au Forum de Nerva 1 . Au culte officiel venait aussi, quelquefois, se joindre une vénération générale qui n'était pas de commande. Elle se manifestait par l'intérêt que Ton prenait à la conservation et à la restauration des images impériales. C'est avec le plus pieux attachement que le monde romain maintenait Timage transfigurée de Marc-Aurèle parmi les bons génies auxquels il s'adressait, dans ses prières ; plus d'un siècle après la mort de ce prince, on voyait encore sa statue figurer dans beaucoup de maisons, au milieu des dieux Lares*.

Par la raison déjà qu'un des premiers soins de chaque gouvernement nouveau devait être de pourvoir, le plus promptement possible, à l'érection des images impériales dans toutes les villes et dans tous les camps, il fallait aussi que l'on eût des sculpteurs et des peintres à sa disposition, dans tous les centres de l'Italie et des provinces ; peut-être même ces artistes faisaient-ils, ordinairement, partie de la suite, officiellement attachée aux gouverneurs, aux généraux et aux hauts fonctionnaires. Le fait qu'il se trouvait dans tous les municipes italiens, à l'époque de la mort de Galba, assassiné le 15 janvier 69, des images de cet empereur, qui n'avait cependant quitté l'Espagne qu'après y avoir recula nouvelle delà mort de Néron (8 juin 68) et n'avait marché sur l'Italie qu'à petites journées 8 , ne doit pas plus surprendre que le renversement, avant la bataille de Crémone, vers la fin de Tannée 69 encore, dans le camp de la flotte à Ravenne, d'images de Vitellius, qui n'avait, lui, paru

1 Preller, Régions, 178, 232; Mythologie romaine, 791, 1.

2 Vie de Marc Antonin, ch. xvm.

3 Tacite, Histoires, III, 7.

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