‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 127 sur 218 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN

gnages portent à le croire, que les Athéniens en érigèrent, jadis, plus de trois cents au seul Démétrius de Phalère 1 . Ils eurent peut-être encore plus sujet de se montrer reconnaissants envers Adrien, et certainement plus de motifs poussant à l'exagération dans le témoignage de leur reconnaissance envers ce dernier. La dépense à faire pour l'érection de statues était d'ailleurs, à cette époque, moindre qu'elle ne l'avait été quatre siècles auparavant. Mais, quelle quefûtTémulationentrelesprovinceset les villes, dans lezèle qu'elles mettaient à témoigner, par de nombreuses statues, de leur fidélité et de leur attachement loyal à la personne de l'empereur régnant, c'est toujours Rome qui excellait sous ce rapport, pour le nombre comme pour la magnificence. Auguste, dans le mémoire qu'il rédigea sur les actes de son règne, rapporte qu'environ 80 statues *T argent, comprenant des statues en pied, d'autres posées sur des quadriges, et des statues équestres, lui furent érigées à Rome, les unes par des États, les autres par des particuliers, et qu'il les fit fondre toutes, pour faire poser, avec le produit, tant en son nom propre qu'en celui des fondateurs, dans le temple d'Apollon sur le mont Palatin, des offrandes d'or, consistant surtout en trépieds*. Il faut croire, d'après cela, que ses statues en pied, de bronze et de marbre, se comptaient de son vivant déjà, par centaines à Rome, et peut-être par myriades dans tout l'empire, quelque fabuleux que paraissent aujourd'hui ces chiffres. Bien que, du reste, même dans la période d'organisation de l'empire naissant, la servilité, qui se manifestait par des offrandes aussi prodigieuses, fût encore loin d'avoir atteint

1 Kœhler, Mélanges, VI, 355, 5 (en allem.). — Strabon, I, 9, 20, p. 371, etc.

3 Mommsen, Res gestee Divi Angwti, p. 69, etc.

son apogée, et que, de plus, Auguste s'appliquât lui-même à la tçnir en bride, aucun des empereurs qui lui succédèrent n'obtint autant d'hommages qu'il en reçut, comme sauveur du monde et fondateur d'un nouvel ordre de choses. Il est vrai que sa domination dura 44 ans; aussi le nombre de monuments qu'on lui éleva, tant de son vivant qu'après sa mort, peut-il avoir été plus considérable que sous aucun règne, et ce qui reste de ce fonds de statues n'est-il pas sans importance 1 .

Il n'a dû arriver que très-rarement et exceptionnellement, dans les premiers siècles de notre ère, que l'on établît de nouvelles statues d'empereurs, en en transformant ou débaptisant d'anciennes, parce que ceux que Ton eût voulu honorer de cette manière, eussent vu une insulte plutôt qu'un hommage dans des monuments obtenus au moyen de procédés pareils, comme le fait remarquer avec raison Dion de Pruse 8 . Pausanias vit devant le temple de Junon, près de Mycènes, une statue, d'Auguste d'après l'inscription, mais que l'on y prétendait être une statue d'Oreste 8 . Cependant, c'est là, indépendamment de ceux que l'on a déjà mentionnés, le seul exemple connu de l'espèce des première temps de l'empire. Depuis l'an 15, il y a lieu de croire que peu de personnes osèrent, en vue d'un profit ou d'une économie, faire, même dans le plus grand secret, une chose dont la découverte pouvait les exposer à une accusation du crime de lèse- majesté. Dion*, dans

1 Hubner, La statue de marbre d'Auguste du musée de Berlin, d'après le programme de la fête de Winckelmann, 1868, p. 7, etc. (en allemand).

2 Dion, Or., XXXI, p. 324 M.

3 Pausanias, II, 17, 3.

4 Or., XXXI, p. 343 M.

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