‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 128 sur 218 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN

un long discours aux Rhodiens, qui étaient par trop enclins à prodiguer les honneurs de la statue, et qui, au lieu de la commander neuve, se contentaient très-souvent d'en débaptiser une ancienne, c'est-à-dire de l'affecter à sa destination nouvelle au moyen d'un simple changement de nom, leur reproche l'indignité d'un procédé pareil, a Cette conduite, » dit-il, «est d'autant moins excusable que, par le fait, ils ne continuaient pas moins à faire exécuter et poser tous les jours des statues neuves, de celles notamment que l'on érigeait aux empereurs et aux hauts fonctionnaires; il n'y aurait cependant, » ajoute-t-il, « pas de raison pour le leur reprocher, si cette exception n'avait lieu qu'en faveur des empereurs seuls. » Pour les images d'empereurs donc, une transformation, dans le genre indiqué^ lui paraissait tout à fait inadmissible. Philon raconte que les habitants d'Alexandrie y profanèrent toutes les synagogues qu'ils ne pouvaient détruire, en y érigeant des images de Caligula; dans la plus grande en particulier, sa statue en bronze sur un quadrige ; mais, n'en ayant pas trouvé de neuf, ils avaient retiré à la hâte du gymnase un vieux quadrige rouillé et endommagé, dédié jadis, au dire de maintes gens, à quelque Cléopâtre, autre que celle de Jules César et de Marc-Antoine. Or, pour Philon il était clair que les auteurs de cette substitution encouraient, par suite de ce méfait, le danger d'une accusation très-grave, lors même que ce quadrige de femme eût été neuf, ou un quadrige d'homipe, mais vieux, car c'était bien assez du fait qu'il avait été précédemment dédié à une personne autre que l'empereur. Ceux qui avaient opéré l'érection d'un pareil monument en son honneur, ne devaient -ils pas faire tout leur possible pour éviter qu'il n'en fût informé, lui qui attachait tant

d'importance à tout ce qui concernait sa personne 1 ?

Dans les monuments autres que ceux dont on faisait hommage aux empereurs, la substitution de tètes ou d'inscriptions nouvelles 1 , dispensant de l'exécution de toute une figure, ne semble guère non plus avoir été fréquente dans les premiers temps de l'empire ; il paraîtrait qu'il n'y avait des exemples plus nombreux de cette pratique que dans les villes grecques, où l'on avait un très-grand choix de statues anciennes. Cependant, non-seulement ceux que l'on connaît se présentent comme des cas isolés 5 , mais Dion, dans le discours précité, où il tance les Rhodiens au sujet de la mauvaise habitude qui avait fait chez eux, depuis quelque temps, des progrès si fâcheux, dit aussi que d'autres villes, inférieures à Rhodes en richesse, ou même pauvres, comme Athènes, Sparte, Byzance,Mitylène, s'en étaient parfaitement gardées. Ainsi, selon toute apparence, Rhodes était alors la seule ville de la Grèce où ce procédé blâmable fût en grand usage ; aussi disait-on que les statues y étaient comme les acteurs, changeant continuellement de rôle*.

Ce qui concerne les images d'empereurs s'applique en majeure partie aussi à celles des impératrices et des princes désignés pour la succession au trône, en grande partie même à celles des autres membres et parents de la maison impériale. Si, à l'époque où Tibère vivait à Rhodes dans la plus profonde disgrâce, les habitants de Nîmes renversèrent ses statues et ses images, il y a tout lieu de croire

1 Philon, Legatio ad Gajum, § 20, p. 565 M.

« Pline, Hist. nat. t XXXV, 4.

3 Mûller, Manuel d'archéologie, § 157, 4; Kœhler, Mélanges, V, 357, en allemand.

4 Dion, Or., XXXI, p. 312, 342, 348 et 357 M.

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