LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L EMPIRE ROMAIN
cet honneur dans un plus petit rayon, ou dans une localité déterminée. C'était là, en effet, la forme dont usaient habituellement, de préférence, les provinciaux voulant rendre hommage à des Romains qui avaient, ou auxquels ils croyaient le pouvoir de leur nuire, ou de leur rendre service, et parmi lesquels les gouverneurs figuraient, natu* Tellement, en première ligne. Déjà dans les derniers temps de la république, il était généralement d'usage, dans les provinces, de leur ériger des temples 1 . Cicéron i se trouva, comme proconsul en Cilicie, dans le cas de décliner les honneurs de la statue, du temple, du quadrige même; tandis que Verres avait obligé les communes de la Sicile nonseulement à lui ériger à lui-même, mais à élever en outre à son père, ainsi qu'à son fils, encore enfant, une multitude de statues en pied; à Syracuse, il en existait même un tel nombre qu'on n'y en avait, semblait-il, pas posé moins qu'il n'en avait fait, lui-même, enlever de cette ville 3 . De plus, on voyait à Rome des statues équestres dorées, qui lui avaient été décernées par les négociants romains, les producteurs de grains et la corporation provinciale de Sicile*. L'épouvantable régime des satrapes de cette époque subit, il est vrai, beaucoup de restrictions sous l'empire, mais il ne fut jamais entièrement réprimé, et, si les populations des provinces étaient toujours encore, directement ou indirectement, obligées d'honorer, par des monuments, leurs spoliateurs et leurs tyrans, elles ne pouvaient, généralement* dénier cet hommage à aucun gouverneur, sans que ce déni seul impliquât, tacitement, une accusation
* Suétone, Auguste, ch. lu.
2 Ad Atticum, V, 21, 5.
3 Cicéron, Verrines, II, 2, ch. lxiii, lxvii; IV* ch. xu, lxii.
4 Ibidem, II, 2, ch. ux, lxix.
contre lui. Suivant Dion, les Rhodiens excusaient l'emploi de statues anciennes à de nouvelles démonstrations honorifiques, par l'obligation, dans laquelle ils se trouvaient, d'honorer tant de hauts fonctionnaires, et qui, l'on était bien forcé de le reconnaître, se fondait trop souvent non sur des mérites réels de ces derniers, mais uniquement sur l'opinion qu'on avait de leur pouvoir 1 . Tout fonctionnaire qui venait s'établir au milieu d'eux leur inspirait de la crainte, et, pour peu qu'ils eussent manqué une fois d'ériger à l'un ou à l'autre une statue en pied de bronze, ils croyaient leur liberté en danger. S'ils étaient réellement obligés de frétiller de la queue, comme les chiens, pour témoigner leur allégresse à chaque nouvel arrivant, s'ils avaient tout à craindre de sa haine et de sa colère, en oubliant de pratiquer la flatterie sans distinction de personne, leur condition, de l'aveu de Dion, devait être en effet bien malheureuse \
Les honneurs de la statue étaient aussi rendus, notammenten Grèce^ àdes Romains de distinction, qui venaient y résider, sans caractère officiel, comme le prouvent, particulièrement à Athènes, les inscriptions de nombre de socles des premiers temps de l'empire 3 . Naturellement, les villes et les provinces qui avaient à témoigner leur reconnaissance de bienfaits réels, de l'acceptation et de l'exercice d'un patronage surtout, pouvaient le moins se dispenser d'agir ainsi. Dans les villes de la Sicile, on voyait partout, sur les places publiques, des statues équestres des Marcellus, patrons de l'Ile 4 , Le héros du roman
i Dion Chrysostome, Or., XXXI, 317, etc., 323 M.
2 Ibidem, p. 344, etc., M.
3 Her/berg, Histoire de la Grèce, II, 68, 22 h .
4 Cicéron, Verrines, IT, 4 ; ch. 40 (86).