‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 132 sur 218 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L EMPIRE ROMAIN

d'Apulée S ayant à se plaindre d'une fairce qui lui avait été publiquement faite à Hypate, les magistrats de la ville lui font des excuses et l'informent que celle-ci, pour sceller la réconciliation, comme il est issu d'une famille considérée de la Thessalie, vient de le choisir pour patron et d'arrêter l'érection de son image en bronze. Parmi les positions officielles et semi-officielles, dans les provinces, il y avait des emplois subalternes pouvant déjà servir de titre pour cet honneur. Au père de Vespasien, Flavius Sabinus, qui avait pris à ferme la perception du droit de 2 1/2 pour 100 sur les mayhandises, dans la province d'Asie, on y décerna des images et des inscriptions louangeuses 1 . Titus s'était fait, comme tribun militaire, en Germanie et dans la Bretagne, une grande réputation d'énergie en même temps que de modération, comme il appert de la multitude de ses statues et portraits, dans ces deux provinces* et des inscriptions qu'elles portent, au dire de Suétone 8 . Avec une telle manie de prodiguer les monuments honorifiques, des monuments d'un prix et de dimensions extraordinaires pouvaient seuls établir une distinction réelle, et Apulée* n'exagère probablement pas trop quand il dit, à la louange du consulaire Émilien Strabon, que toutes les provinces se félicitent de lui ériger des quadriges et des chars à six chevaux, surmontés de sa statue en pied. L'érection de statues servait aussi généralement, dans les villes de toutes les parties de l'empire, à récompenser les particuliers qui avaient ou passaient pour avoir bien mérité de la commune. L'usage des statues-portraits, rare

* Métamorphose, III, 11, éd. Eyssenhardt.

2 Suétone, Vespasien, en. i.

3 Titus, eh. iv.

« Florides, III, 16.

d'abord, fut plus tard, comme dous le dit Pline l'Ancien 1 , adopté par le monde entier, sous l'influence d'une ambition toute philanthropique; les statues commencèrent à faire l'ornement des places publiques de tous les municipes : ainsi la mémoire des hommes de mérite fut portée à la postérité, et Ton inscrivit sur des piédestaux leurs titres d'honneur, afin de les conserver pour tous les temps, d'éviter que les générations futures ne fussent absolument réduites à les rechercher sur les tombeaux. Des milliers de socles conservés, avec des inscriptions grecques et latines, en témoignent.^ A Pompéji, ville d'enviroù 30,000 habitants, il y avait quatorze statues-portraits, rangées en long sur le côté ouest seul du forum 1 , et il y a lieu d'admettre qu'il en existait peut-être cinq ou six fois autant dans toute la ville, au moment où elle fut ensevelie. Le désir de se faire un nom et le patriotisme municipal s'alliaient, comme on l'a déjà fait remarquer, avec les égards auxquels on était tenu vis-à-vis de l'opinion publique, pour encourager les personnes aisées et notables à faire du bien à leurs communes respectives, et celles-ci, de leur côté, se faisaient gloire de témoigner, par de nombreux monuments, que beaucoup de citoyens avaient tenu à honneur de faire des sacrifices pour elles, et qu'elles étaient parfaitement en état d'y répondre elles-mêmes, en récompensant leurs bienfaiteurs, tout en prenant soin d'orner leur ville 8 . Il ne devait guère arriver qu'une famille riche et considérable eût, pendant la durée de plusieurs générations, son domicile dans une ville d'importance majeure, sans s'être trouvée dans le cas de mériter

» Bist. nat., XXXIV, 17.

2 Overbeck, Pomptfi, II, 2 e éd., 144 (en allem.). ; * Dion, Or., XXXI, p. 344* etc.

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