LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN
à Barcelone, on n'a pas trouvé moins de treize socles appartenant à des statues , dont trois lui avaient été érigées par les conseils communaux de trois villes d'Espagne, une par les sévirs des Àugustales de Barcelone, dont il avait été collègue, une par un collège, deux par des sévirs. en particulier, quatre par des amis, et une par un affranchi 1 . Des personnes haut placées témoignaient de la même manière leur estime à des gens de moindre condition. Le consulaire Émilien Strabon avait déclaré, dans une lettre au conseil communal de Garthage, son intention d'ériger, dans cette ville, une statue à Apulée, qui en exprima sa reconnaissance dans les termes les plus vifs*.
Enfin, il est certain que c'était chose fréquente, dans tous les temps, de voir des particuliers chercher à s'immortaliser eux-mêmes, de leur vivant, par des statues, ce qui, comme on l'a déjà fait remarquer, était d'ailleurs permis à Rome, avant l'année 48, même dans des endroits publics. De même que c'était le sénat, dans cette capitale, à partir de la date mentionnée, c'était, dans les autres villes, le conseil communal qui devait autoriser l'érection publique des monuments privés et assigner respectivement à ceux-ci leur place. Dans une ville du midi de l'Espagne, le conseil communal, indépendamment d'un régal public [cœnse publicse), ordonné en l'honneur d'un membre nommé à vie du collège des Augustales, assigna à ce membre une place pour y faire élever des statues tant à lui-même qu'à sa femme et à ses enfants, ce qui eut lieu effectivement 8 . Il va sans dire que toute per-
1 CI. L., Il, 4536 à 48.
8 Apulée, Floridesy III, 16.
sonne, sur le terrain qui lui appartenait, était libre de faire ériger tout monument qu'il lui convenait d'y placer. Régulus avait fait couvrir d'immenses colonnades un très-vaste espace, dans son jardin au-delà du Tibre, dont il avait de plus fait border la rive de ses statues, pour témoigner, suivant l'expression de son antagoniste aigri, Pline le Jeune 1 , de sa prodigalité, au milieu de sa profonde avarice, et triompher de sa mauvaise réputation par ses fanfaronnades. A son fils, mort en l'an 104, encore enfant, il fit élever une multitude de statues et de portraits, pour lesquels il mit en réquisition tous les ateliers , afin de se procurer cette image chérie dans tous les genres, en peinture et à l'encaustique, ainsi que de bronze, d'or et d'argent, d'ivoire et de marbre*. Parmi les monuments privés comme parmi les monuments publics, il se trouvait, sans doute, un plus grand nombre d'images de défunts que de vivants. Hérode Atticus honora non-seulement sa défunte épouse, Annia Régilla, par une foule de monuments 3 , mais fit en outre élever partout, dans les* champs, les bosquets, près des sources et sous les ombrages des platanes, à ses pupilles, Achille et Polydeuce, après leur mort, des statues de marbre, qui les représentaient chassant, s'apprêtant pour la chasse, ou s'en reposant. Des inscriptions se répandaient en malédictions contre quiconque mutilerait ou déplacerait ces figures 4 . Une partie des monuments concernant les défunts ornaient naturellement leurs tombes. Parmi ces tombeaux aussi, il y en avait de publics*
1 Lettres, IV, 2, 5.
2 Ibidetn, 7, 1. #
3 Kiel, Hérode Atticus, dans Y Encyclopédie de Stuttgardt, P, 2101.
4 Philostrate, Vies des Sophistes, II, l, éd. Kayser, p. 241 ; voir aussi C. I. G., 989, etc.