LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS PANS L'EMPIRE ROMAIN
à la fin du quatrième siècle encore, mentionnée par Ammien 1 comme une des manies caractéristiques de la noblesse romaine. Sous Zenon encore, peu de temps avant rétablissement de la domination des Goths, des statues en pied furent érigées à Rome*.
§ 3. — L'art religieux.
La mythologie multiplie les images des dieux» — Colonies d'artistes établies auprès des grands temples. — Le besoin d'oeuvres d'art et de la production en grand de celles-ci gagne tout l'empire romain. — Herculanum et Pompéji offrent un spécimen de ce qu'était en moyenne la décoration artistique des villes d'Italie. — Données statistiques sur les œuvres d'art qui faisaient l'ornement de Rome.
Comme le troisième grand domaine de l'art, il faut nommer, après Fart décoratif et l'art monumental, celui de l'art religieux, sur lequel une production incessante d'énormes quantités avait à satisfaire un besoin répandu dans tout le monde romain. Sur ce domaine, il est vrai, l'art plastique était presque le seul qui pût déployer son activité dans le sens des besoins réels du culte, la peinture et la mosaïque ne pouvant être mises à contribution que pour la décoration intérieure des sanctuaires 3 . Nous traiterons plus loin, d'une manière plus approfondie, de la na-
* Preller, Régions, 233.
5 Templum cum ornamentis et pictura (Rusicade) : Bull. d. Ins t.,
ture, de la force et de l'universalité de la croyance aux dieux de ce temps-là, croyance inséparable du culte des images, car, du grand nombre des plus considérables du moins des figures de la mythologie romaine et grecque, aucune n'avait encore perdu, à cette époque, le bénéfice de la vénération dont elle formait, traditionnellement, l'objet ; tandis que nombre de dieux étrangers , de divinités de l'Orient surtout, dont le culte était auparavant restreint à des espaces limités, s'étaient répandus sur tout ce grand empire, qui embrassait tout le monde alors connu. Le nombre des personnes divines s'était donc accru. Cependant, il arrivait assez souvent que la considération pour le culte d'une divinité en particulier et l'étendue du ressort de ce culte diminuassent ou augmentassent très-sensiblement, par l'effet d'influences diverses. Notamment la prédilection marquée de quelques empereurs pour certains cultes, comme celle d'Auguste pour Apollon, de Donatien pour Minerve, de Commode pour Isis et Hercule, et de Septime Sévère pour Hercule et Bacchus 1 , ne pouvait rester sans effet, car chacun de ces règnes procurait, dans un vaste cercle, la prépondérance au culte préféré, et contribuait, dans la même mesure, à la multiplication de ses idoles. On ne saurait se figurer la multitude d'images, représentant des divinités, qui ont dû, par suite des progrès de la propagande mythologique, s'accumuler dans toutes es villes d'importance majeure et riches en temples. La légende portant qu'il n'y avait pas moins de cent idoles au Capitole à Trêves n'a rien qui doive paraître incroyable, ni môme nous étonner beaucoup 1 *
PreUer, Mythologie romaine, «57.
1 Braun, les Capitules, p. 19 et 24 (en allemand).
La ferveur, dans l'adoration des dieux, et le désir de se procurer leurs bonnes grâces par des œuvres pieuses de toute espèce, se manifestaient, de préférence, par des donations et des fondations pour les objets du culte, mais surtout par le don d'images de ces divinités, destinées non pour les temples seulement; car elles étaient regardées aussi comme les objets les plus dignes de former l'ornement des places et des édifices publics. La mention du fait, accidentellement rapporté par Pline l'Ancien 1 , que la capitale des Arvernes (Clermont) fit exécuter une statue colossale de Mercure, pièce à l'établissement de laquelle on travailla dix ans, et pour laquelle l'artiste reçut 400,000 sesterces (108,750 fr.) d'honoraires, donne une très-haute idée des sommes que l'on dépensait, même dans les provinces, pour les images des dieux. Or, si l'exécution de celles-ci, dans toutes les dimensions, avec l'emploi de matériaux de toute espèce, ainsi qu'à tous les degrés de la valeur artistique auxquels on pouvait atteindre, occupait des milliers d'ateliers dans l'empire romain, on est, naturellement, porté à admettre aussi qu'il devait y avoir de nombreuses spécialités, dans cette fabrication. Le hasard nous en a fait connaître une, celle des fabricants de génies, dont les boutiques et les ateliers se trouvaient, parait-il, réunis en grand nombre à Rome, derrière le temple de Castor. Il y a lieu de croire aussi qu'il existait, dans le voisinage de chaque temple considérable, une colonie d'artistes et d'industriels pratiquant les beaux-arts. Elle procurait aux dévots, affluant de toutes parts, les moyens de témoigne? leur vénération à la divinité, par des offrandes et des fon* dations pieuses d'images des dieux, d'ex-voto et de tables
* Hist.nat., XXXIV, 46;
votives, ainsi que de se pourvoir des souvenirs, de toute espèce, qu'ils avaient l'habitude de rapporter chez eux du sanctuaire visité. Ces artistes se trouvaient ainsi également sous la main, pour exécuter les réparations et les travaux de décoration, dont les temples avaient continuellement besoin 1 . Tout le monde connaissait l'orfèvre Démétrius, qui façonnait, à Éphèse, des modèles en argent, copiés du temple de la grande Diane, ce qui faisait gagner beaucoup à nombre d'ouvriers*. Il n'est pas besoin de dire qu'il devait y en avoir d'autres , fournissant, à tous les prix, des copies de l'image célèbre de la déesse. Il en était probablement de même pour tous les grands temples, où affluaient les visiteurs, bien que l'on n'ait des données positives, à cet égard, que pour ceux d'Aphrodite, dans l'île de Chypre, dont les idoles d'argile passaient pour opérer des miracles, dans les périls de mer. Ainsi l'on sait, par un rapport qui remonte au commencement du septième siècle avant notre ère, que, dès lors, un navire de Naucratis fut, miraculeusement, sauvé d'une effroyable tempête par une statuette, d'un travail antique et de la longueur d'une palme, qu'avait achetée, à Paphos et portait avec lui un marchand qui se trouvait parmi les voyageurs du bord 3 .
1 Les fabri subœdiani à Narbonne (dans Henzen, 7215), les fabri su* bidiani (sic) à Cordoue (dans le C. I. L.,'II, 22 1 1), les amici subœdiani d'une inscription d'Antium (dans Lanciani, Bull. d. /., 1870, p. 15), le corpus sub&danum, à Rome (dans Muratori, 1185, 8), et le marmorarius subœdanus, à Rome (dans Henzen, 7245), étaient peut-être de ces artisans ou collèges, attachés à demeure aux temples, dans la construction, l'entretien et la décoration desquels ils trouvaient de remploi. Mommsen (Bull, d. Inst., 1853, p. 30) croit pouvoir admettre que Ton désignait ainsi les intestinarii, ouvriers travaillant en maison (sub xdibus), pour les distinguer des tignarii, travaillant en plein air (sub divo).
2 Acta apost.y 19, 23.
3 Athénée, XV, 18, 676, Hesych.