‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 146 sur 218 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN

geurs, et ne fut pas terminé, se trouve encore tel quel dans les carrières de marbre où il fut taillé. La ville de Luna, près de Carrare, était richement pourvue de toute espèce de sculptures, extraites de ses carrières, et, dans le lieu dit Cava dei Fanti scritti, on y a découvert un relief ; des trouvailles semblables ont. été faites à Paros. Un autre témoignage à l'appui, très-intéressant, c'est la légende du martyre de Claude et de ses quatre compagnons d'infortune (passio sanctorum quatuor coronatorum), sous Dioclétien. L'auteur de cette légende, qui paraît avoir été consignée vers la première moitié du quatrième siècle, est très -versé dans tout ce qui concerne l'industrie artistique des Romains, laquelle s'exerçait encore, sur la plus grande échelle, à l'époque du règne de cet empereur, et tous les détails, toutes les expressions techniques s'y rapportant, lui sont familiers. Il connaissait, certainement, la localité où se passa l'histoire qu'il raconte, des carrières de pierre de la Pannonie, probablement aux environs de Mitrovitz, à l'extrémité des ramifications qu'y pousse la Fruschka-Gora, ainsi que les travaux qui s'y exécutaient, pour les avoir vus de ses propres yeux et, peut-être, y avoir coopéré lui-même. Ses données précises, notamment les chiffres qu'il indique, paraissent ainsi mériter toute confiance. Suivant cet auteur, on extrayait de ces carrières trois sortes de pierres, deux espèces de marbres pour statues, semblables à ceux de Thasos et de Proconnèse, sous la dénomination desquels ils passaient aussi dans le commerce, et un porphyre vert. On y trouve, encore maintenant, ces trois sortes, avec de nombreux débris de constructions romaines. Dans ces carrières, travaillaient, sous la direction de cinq préposés à la partie technique, dits philosophes^ mot qui se prend encore, dans le latin du T. m. 19

moyen âge, comme synonyme de sculpteur, six cent vingtdeux carriers (quadratariî), répartis entre plusieurs districts ou mines, et en état de fournir des sculptures artistement travaillées, ainsi que de grandes dimensions. On y avait exécuté, entre autres, en marbre de Thasos, par ordre de Dioclétien, une figure de 25 pieds du dieu du Soleil sur son quadrige, également orné d'images; en porphyre vert, des colonnes et des chapiteaux de colonnes, des bassins et des cuves artistement ornés, le 1 tout peut-être pour les thermes de Dioclétien, à Rome 1 . L'exécution d'une colonne à chapiteau feuillu, « d'un travail merveilleux » , prit trois mois de temps, celle d'une autre, seulement vingt-six jours. La satisfaction exprimée par l'empereur au reçu des ouvrages des cinq artistes chrétiens (c'est toujours de saint Claude et de ses quatre compagnons qu'il s'agit) excita la jalousie des directeurs. Puis, Dioclétien ayant commandé, chez les chrétiens, une statue d'Esculape, indépendamment de plusieurs ouvrages d'ornementation, ils s'acquittent encore, à son entière satisfaction, de cette dernière partie de la commande, mais refusent de se charger de la confection d'une idole, refus à la suite duquel les philosophes font exécuter la statue en marbre de Proconnèse par d'autres ouvriers, dans l'espace de trente jours.

Il est certain qu'en beaucoup d'endroits on faisait, d'avance, un approvisionnement d'ouvrages plastiques pour le commerce, le plus communément^ sans doute, en Grèce et dans l'Asie Mineure, les deux pays qui, jusque dans la période de l'empire, envoyaient le plus d'artistes à Rome, et continuaient probablement, en outre, à fournir

1 Benndorf, dans les Recherches de Budinger, lli, 342, elc, 351, etc.

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