LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS l' EMPIRE ROMAIN
une quantité assez considérable d'œuvres sculptées à l'exportation.
Apollonius de Tyane, dans le roman connu de Philostrate, rencontre au Pirée un navire, dont le chargement, à destination de l'ionie, a été formé par l'armateur, un marchand, d'images des dieux, toutes précieuses, les unes d'or et de marbre, les autres d'or et d'ivoire 1 .
En général c'étaient, évidemment, surtout les images des dieux et d'autres objets du culte que Ton mettait en œuvre, non-seulement sur commande, mais aussi en prévision des besoins du commerce, donc certainement aussi sur la demande de commerçants et de courtiers, ainsi qu'une grande partie des œuvres d'art destinées à des usages décoratifs. En ce qui concerne les sarcophages, leur masse déjà met hors de doute qu'ils devaient être confectionnés en fabrique, ce que confirme encore le fait que l'on en a trouvé beaucoup, tels qu'on les préparait pour la vente dans les dépôts des fabricants, c'est-à-dire achevés aux derniers coups de ciseau près, lesquels ne pouvaient être donnés qu'après la commande faite. Ainsi, les médaillons à portraits, souvent ménagés au milieu, ne présentent, dans bien des cas, que l'ébauche d'un visage ; d'où il suit qu'il restait encore à donner à celui-ci les traits du défunt. De même, la place du nom est laissée vide au-dessus de l'insscription D. M. {dis manibus) qui se trouve en tête de toutes les épitaphes. Il est probable qu'une partie des statues d'honneur municipales, exécutée d'une façon médiocre sur des patrons convenus; rentrait de même dans l'objet de cet approvisionnement, offert par les ateliers de sculpture, comme il va sans dire aussi avec des têtes sim*
> Vie d'Apollonius de Tyane, V, 20.
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plement ébauchées , auxquelles on donnait, après commande, la ressemblance du portrait désiré par l'acheteur. Toutefois une partie seulement des œuvres d'art étaient susceptibles d'être exécutées ailleurs qu'à l'endroit où elles devaient être placées ou trouver leur emploi. Pour tous les monuments élevés à*des personnes*, dans lesquels on visait à une certaine perfection, toute l'exécution, en général, et même pour ceux d'un genre plus commun, le dernier coup de main au moins, n'était possible que sur place. De même, la masse de la partie de beaucoup la plus grande des travaux de décoration artistique , des peintures et des ornements de stuc en particulier, ne pouvaient être exécutés que dans les pièces dont ils devaient former la décoration. La promptitude avec laquelle les images des empereurs se répandaient, par masses, ne s'expliquerait non plus par l'envoi seul d'images toutes faites, fussent-elles parties d'une «multitude de points divers. Il est plus probable qu'une partie des artistes, ainsi que des entrepreneurs de grands travaux artistiques, ayant à leur service les ouvriers nécessaires pour toutes les branchés de l'art, ou pouvant leur procurer de l'occupation, moyennant salaire, voyageaient de place en place, de sorte qu'il était devenu facile d'attirer partout, sur les lieux où Ton avait besoin d'eux, suivant l'expression de Gœthe, « des colonies entières, des troupes, des essaims, des nuées, comme on voudra l'appeler, d'artistes et d'artisans marchant à leur suite. Que l'on songe aux armées de maçons et de tailleurs de pierre qui allaient et venaient, dans toute l'Europe centrale, à l'époque où une grave pensée religieuse dominait toute l'Église chrétienne. j> Un de ces artistes nomades., Zenon d'Aphrodisias, se fait honneur, dans une inscription, d'avoir, plein de foi dans son