‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 149 sur 218 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS i/EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS i/EMPIRE ROMAIN

qui ne s'explique, soit par son état plus ou moins florissant, aux époques données, soit par le plus ou moins d'habileté des artistes et des ouvriers dont ils se faisaient aider. Rien, dans l'aspect d'une mosaïque, n'indique, relativement aux fouilles dont elle provient, qu'elles aient été faites à Tunis ou en Angleterre, plutôt qu'en Andalousie ou à Salzbourg. Dans l'analyse du stuc peint, formant le revêtement intérieur de maisons romaines à Bignor, dans le comté de Sussex, sir Humphrey Davy reconnut les mêmes matières colorantes que dans le stuc peint des bains de Titus et des maisons de Pompéji et d'Herculanum '. Dans FEchernthal, près de Hallstadt, on a trouvé un monument tumulaire romain, à fronton, présentant un médaillon-portrait, placé entre une figure de femme couchée et un génie ; or il existe des monuments semblables à Huesca, dans l' Aragon, en France, en Italie et en Dalmatie 2 .

Cette uniformité ne s'explique qu'en partie par les migrations des artistes et le débit commercial des œuvres d'art. Elle tient principalement, d'abord, à ce que le développement de l'art grec était déjà arrivé à son terme, quand il entra au service de la civilisation romaine. Ce développement avait été d'une richesse sans exemple. Il avait créé un trésor immense d'idées et de formes, et perfectionné dans tous les sens, au plus haut degré, la manière de représenter et de traiter les sujets. Avec un héritage pareil, une postérité même inférieure et manquant du génie de la création pouvait encore vivre des siècles, sans paraître appauvrie. Or, à cet

J Lysons, Reliq. Brit. Rom. t I, p. 5.

» Arneth, Comptes rendus des séances de l'Académie de Vienne, 1862, p. 714 (en allem.).

âge postérieur, la fidélité persistante à la tradition, Tune des conditions qui distinguent, essentiellement, toutes les branches de l'art antique du moderne, porta doublement bonheur. Loin de viser à une originalité devenue impossible et de laisser se perdre, au milieu d'expériences infructueuses, les précieuses acquisitions d'un passé plus heureusement loti, il a, au contraire, longtemps conservé et fait valoir celles-ci, avec le plus louable discernement. L'art continua donc à se mouvoir dans des cercles qui lui étaient familiers, et résolut les problèmes nouveaux, en se conformant à des règles depuis longtemps éprouvées. Ainsi devint possible ce qui parait incompréhensible, à première vue, ce fait que l'art se maintint encore pendant des -siècles, même après avoir atteint le terme de son développement, à une hauteur digne d'admiration, et que notamment la sculpture put encore, même à l'époque d'un déclin positif, quoique lent, produire des œuvres auxquelles la plastique moderne n'en a que peu de comparables à opposer; qu'enfin, malgré les énormes quantités de la production, un reste de la noblesse des anciennes formes se conserva jusque dans les derniers temps de l'empire. Si le strict maintien de la tradition , corrélatif avec le manque d'originalité, était l'une des raisons principales de l'uniformité dans l'art de ce temps-là, l'autre ce fut l'influence nivelante de la civilisation romaine. Rome servait de modèle aux autres villes de l'empire, sur tous les domaines, mais avec le meilleur droit sur celui de l'art. Les œuvres de toutes les époques et de toutes les écoles, enlevées de la Grèce, de l'Asie et de l'Egypte, pour être accumulées dans les temples et les édifices publics, les palais et les villas de cette métropole, y offraient une réunion d'éléments d'une richesse inépuisable pour l'éduca-

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