‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 150 sur 218 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN

tion artistique, dans ' tous les genres et dans toutes les manières, au point de vue technique aussi 1 . C'est là que se trouvaient réunis les artistes les plus distingués du monde entier, que s'exécutaient les œuvres les plus importantes, et que Ton en voyait constamment se produire de nouvelles; qu'il y avait pour l'art une grande école, comme on n'en avait jamais revu de semblable. Au désir des provinciaux de posséder des imitations de tout ce qui était en faveur et en estiige dans la capitale, à la prétention des Romains, établis dans les provinces pour un temps plus ou moins long, de ne pas se voir entièrement privés d'un luxe d'arts, devenu pour eux une habitude, l'activité d'une multitude, répandue au loin, d'artistes et d'artisans, qui refluaient sans cesse des provinces à Rome, et de Rome vers les provinces, était toujours prête à satisfaire, en se portant au devant de ces désirs : ainsi tout concourait à assurer à une seule et même direction du goût, en fait d'art, la domination dans tout l'empire. L'art décoratif et l'art religieux pouvaient résoudre la majeure partie des problèmes qui s'offraient à eux, par une reproduction pure et simple de ce qui existait; l'art monumental aussi y trouvait au moins des modèles et des patrons, pour presque tous les sujets qu'il avait à traiter; et, quand il ne suffisait pas de copies, des idées nouvelles pouvaient trouver leur expression dans la métamorphose ou le développement des motifs originaires, ou, ce qui existait subir une rénovation apparente, au moyen de variations, de modifications, de retranchements et de groupements nouveaux. On y arrivait, notamment, soit en séparant des figures de l'ensemble dont elles faisaient

1 0. Jahn, Antiquités y p. 239, etc.

partie, et en faisant des sujets à part, soit en les combinant avec d'autres, ou groupant des figures originairement distinctes;, et l'on ne peut nier que cette manière de procéder, dont on retrouve dans la poésie romaine des analogies faciles à reconnaître, n'ait donné naissance à mainte production aussi distinguée pour la forme que pour la pensée. Ainsi, par exemple, Vénus se mirant dans le bouclier de Mars, le motif de la Vénus de Milo, a été transformée en une déesse de la Victoire, inscrivant la victoire sur le bouclier du dieu de la guerre ; et, cette Vénus, on ne la retrouve pas seulement traitée comme statue, mais aussi sur des reliefs de sarcophages, pour lesquels l'emprunt, fait à des œuvres plus anciennes, de figures, de motifs et de groupes, employés de diverses manières à former de nouvelles compositions, a été surtout très-fréquent. On voit aussi Vénus groupée avec Mars, qu'elle embrasse alors avec les bras qui tenaient le bouclier ; ce groupement, fort goûté du temps de l'empire, se trouve aussi plusieurs fois reproduit sur des sarcophages, ainsi que dans quatre groupes de statues encore existants.

Un groupe excellent et bien connu, celui d'Oreste et d'Electre, a été transformé de la même manière, sans que l'on sacrifiât rien de la composition primitive, ni de la première donnée du motif poétique, en un nouveau groupe, représentant Oreste et Pylade. D'anciennes formes étaient aussi, parfois, très-heureusement employées dans les images nécessaires pour les cultes nouvellement introduits. Celui de Mithras ne se répandit en Occident que depuis l'établissement de l'empire ; or, dans les reliefs des cavernes de Mithras, nous ne retrouvons aussi que des figures connues, empruntées au trésor de l'art hellénique.

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