L1\RE VIII. — LE UTXE ROMAIN
lus, que les dépouilles de deux royaumes d'Orient mirent en état de vivre comme « un Xerxès en toge », était alors et fut encore regardé plus tard comme l'archétype de cette classe de nababs, parce qu'il donna le premier à Rome l'exemple de ces prodigalités exorbitantes qui se traduisirent surtout en constructions et en festins 1 . Cependant ces prodigalités demeurèrent, sous la république, l'apanage de quelques personnes, ou ne s'y déployèrent du moins que dans un cercle restreint; elles ne se multiplièrent qu'après l'établissement de l'empire, sous lequel elles marchèrent de front avec un grand accroissement de la richesse générale, déjà mentionné plus haut. Aussi Tacite a-t-il sans doute raison de dire que le luxe de Rome fut à son apogée dans le siècle qui s'étend de la bataille d'Actium àl'avénement de Vespasien, empereur qui, ayant les habitudes d'un homme de la vieille roche, contribua, par son exemple, à restreindre le faste mieux que ne l'eussent fait des édits et des lois*. Ajoutons que la manie des grandes familles, de vouloir briller par leur faste et leur magnificence, étant précisément ce qui avait perdu beaucoup d'entre elles sous les empereurs de la maison Julienne; cette cruelle leçon servit à rendre les autres plus prudentes et plus sages. Enfin, l'aristocratie romaine avait, dans l'intervalle, reçu dans ses rangs, des municipes d'Italie et des provinces, un grand renfort d'hommes nouveaux, qui y apportèrent l'esprit d'économie de leurs pays
1 Voir Cicéron, De officiis, I, 59 ; Nicolas Damascène, dans Athénée, VI, 274, et XII, 543; Velléjus Paterculus, II, 33, et Drumann, Histoire romaine, 4, 168, etc. (en allemand).
3 Tacite (Annales, III, 55) ne parle, il est vrai, dans ce passage,' que du luxe de la table, mais il résulte des chapitres précédents qu'il a en vue le luxe en général.
d'origine et surent le conserver, môme en s'enrichissant. Toutes ces conditions, tendant à la réduction du luxe, persistèrent pendant toute la durée du deuxième siècle, avec le bon exemple des empereurs, parmi lesquels Luoius Vérus fit seul exception, la diminution continue de ancienne noblesse et l'invasion constante d'une nouvelle aristocratie. On ne saurait donc même pas admettre qu'il y ait eu un changement notable à cet égard après le règne de Trajan, vers la fin duquel Tacite écrivit ce que nous venons de rapporter.