‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 151 sur 218 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN

Le dieu agenouillé sur le taureau, notamment, n'est guère qu'une transformation de la déesse de la Victoire, sacrifiant un taureau ; les autres figures de cette composition sont également d'emprunt; il n'y a de nouveau que le groupement et l'addition de quelques symboles 1 . Josèphe rapporte un autre exemple de cette manière de procéder, d'un usage général 1 : dans le temple d'Auguste, bâti par Hérode, à Césarée, la statue colossale de l'empereur était une imitation, nullement inférieure à l'original, suivant cet historien, du Jupiter Olympien de Phidias; celle de Roma, une imitation de la Junon argienne de Polyclète, statue dont une autre Junon de Polyclète, mentionnée à Rome par Martial 5 , n'était sans doute aussi qu'une copie.

Pour les objets décoratifs, notamment, la reproduction exacte d'ouvrages anciens suffisait non-seulement à son but, mais le désir de la plupart des personnes qui commandaient ces travaux était, évidemment, de posséder des copies, aussi fidèles que possible, de figures connues et aimées de tous. Lucien nomme les statues suivantes, placées dans la cour d'une maison particulière d'Athènes : le Discobole de Myron, le Diadumène de Polyclète, les Tyrannicides de Critias et de Nésiotès, toutes indubitablement des copies de ces œuvres célèbres*. C'étaient naturellement les plus célèbres que l'on reproduisait le plus. Ainsi les reproductions, encore aujourd'hui si nombreuses, de la Vénus, du Faune et de l'Apollon de Praxi-

* O. Jahn, Des groupes antiques d'Oreste et Electre, dans les Mémoires de la Société saxonne, 1861, 121 à 132.

2 Bell Jud., I, 21, 7.

4 Bluemner, Études archéologiques sur Lucien, 93 (Philops., 18).

tèle, et une foule d'autres copies comme, par exemple, celles de la Vénus dite de Médicis l , qui n'est elle-même pas originale, procèdent d'originaux en grande partie inconnus. Nous en connaîtrions beaucoup, probablement, si les inscriptions des statues n'étaient en majeure partie perdues.

Une Vénus, par exemple, qui se trouve au palais Chigi, à Rome, a été, d'après l'inscription, copiée par un certain Ménophante, sur un original qui se trouvait à Alexandrie dans la Troade*. Ces copies étaient répandues dans toutes les provinces. A Soissons, on a trouvé un groupe du cercle des fils de Niobé : le cadet avec son pédagogue 8 ; à Trêves, une copie de la Vénus de Milo et une de l'Amazone de Mattei*. Dans les thermes de Césarée en Mauritanie (à Cherchel), on a découvert huit statues de marbre, imitations d'originaux grecs pour la plupart, parmi lesquelles figurent un enfant s'arrachant une épine du pied, un Faune, jouant de la flûte, et une Vénus, comme déesse de la mer 5 . D'après Josèphe 6 , le roi Agrippa orna toute la ville de Béryte, en Phénicie, et de statues neuves qu'il y fit ériger, et de copies d'oeuvres anciennes. Par œuvres anciennes , il faut certainement entendre ici* les chefs-d'œuvre du beau temps de l'art hellénique, bien que la prédilection pour l'antique, voire même pour les incunables de l'art, déjà très-répandue du temps de Quintilien et qui, depuis Adrien, s'était encore

1 O. Jahn, dans le recueil cité, 1850, p. 43.

* Brunn, Histoire des artistes, I, 610.

1 C. 0. Mûller, Manuel d'archéologie, § 126, 5.

* Jahn, recueil cité, 1861, 124, note 35.

' Bull. d. Inst., 1859, p. 48.

« Arçh. Jud. t XX, 9, 4.

Page 1