LIVRE IX. — KES BEAUX-ARTS DANS i/fiMPHtE ROMAIN
de très-noble famille, Q. Pédius, ne fut, il est vrai, déterminée que par sa condition de muet, qui lui fermait l'accès de toute profession convenant à son rang. Gependant Pline avait vu, à Vérone, de beaux tableaux d'un chevalier romain nommé Turpilius, Amulius, peintre sérieux et austère en même tetnps que brillant, qui ne peignait que peu d'heures par jour, debout sur son échafaudage, et toujours en toge avec un grand air de dignité, fut surtout occupé dans la maison d'Or de Néron. Cornélius Pius et Attius Priscug peignirent tout l'intérieur du temple de l'Honneur et de la Vertu, restauré par Vespasien. Sous Auguste, le peintre romain Ludius obtint un très-grand succès, par l'introduction d'un style de décoration plein de grâce et peu dispendieux, en faisant, pour les apparte* ments, une application plus large de l'art de peindre les décorations soéniques *.
La peinture paraît avoir été aussi beaucoup exercée par des femmes; du moins des noms de femmes-peintre* s'offrenWils très-fréquemment sur le? peintures antiques. En 1847, le tombeau d'une artiste pareille fut découvert à Saint-Médard-des-Prés, dans la Vendée, à côté des restes d'une villa , dans laquelle on trouva des fragments de fresques charmantes, Le tombeau renfermait, outre le squelette de la défunte, un riche assortiment d'outils de peintre*. S'il faut en croire saint Justin, la sculpture aurait aussi été exercée par des femmes. Il dit, 4u moins, que Ton peut voir combien sont débauchés les fabricants
* Brunn, Mistoire des artistes, II, 302 à 316, Sur Ludius (ou s. Tadius), voip aussi Helbig, Peintures mnrales des villes ensevelies, 385, etc. (en allemand).
* Jahn, Tableau* du métier, ete., dans les dissertations publiées par la Société saxonne, V, 298 à 304 (en allem.).
d'idoles, par le fait des séductions qu'ils exercent sur les esclaves appartenant au beau sexe,, qui les aident dans leurs travaux. Mais peut-être n'étaient-ce que des modèles féminins qu'avait vus saint Justin dans les ateliers des sculpteurs, et dont les relations avec les artistes le scandalisèrent 1 . Le savoir-faire technique dans l'art de la sculpture, comme dans celui de la peinture, se conserva du reste, en Occident aussi, jusqu'aux derniers temps de l'antiquité *•
L'architecture est le seul art que les Romains aient traité en créateurs, comme répondant chez eux à un goût national, le seul qui pût, non-seulement servir, d'une manière efficace, aux grandes fins des intérêts de l'État et de la domination universelle, mais exprimer aussi suffisamment la conscience qu'ils avaient de leur droit à l'empire du monde. Dépendants de l'influence hellénique sur tous les autres domaines de l'art, ils ont créé, sur celui-ci, ces œuvres complètement originales qui, bravant des nrilliers d'années, produisent, encore aujourd'hui, un effet si puis-
1 Saint Justin, martyr, ApoL, I, 9.
3 Boèce, mort en 625, De instit. arithm., I, praef. éd. Friedlein, p. 4 : A toute science, y est-il dit, il faut « ceterarum quoque artium adjumenta... nam in effigiandis marmore statuis alius excidend» molis labor est, alia formandae imaginis ratio, nec ejusdem artificis manus politi operis nitor exspectat. At picturae manibus (etiam pluribus opus est) : tabula commissa (arte) fabrorum, cerae rustica observatione decerptœ, colorum fuci mercatorum sollertia perquisiti, lintea operosis elaborata textrinis multiplicem materiem prastant. Marcellini Gom. Gbronic. Areobinda et Messala coss. (506) : His coss. Anastasii principis statua in eodem loco quo dudum Tbeodosii Magni steterat, super immanem columnam in foro Trajani facta est — Bœotio solo cos. (510) : Simulacrum œneum in foro Strategii super fornicem residens et coroucopiœ Fortunae tenens incendio proflammatum est combustumque brachium, quod tamen statuarii continuo solidarunt. »
Sur la sculpture en ivoire, voyez Marquardt, Manuel, V, 2, 334.