CHAPITRE V
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Raison du peu d'estime des Romains pour Tait — Progrès des connaissances artistiques et de l'intérêt pour l'art à Rome. — L'importance de l'art est reconnue par les Romains. — Dilettantisme dans la sculpture et la peinture.— Contemplation de l'art dans les voyages. — Les collections d'oeuvres d'art, principalement déterminées par l'amour du faste, consistaient surtout en œuvres anciennes. — Les collectionneurs sont trompés souvent avec des copies. — Œuvres d'art ayant appartenu à des personnes célèbres, particulièrement estimées. — Prétention des collectionneurs d'être connaisseurs. — Manque d'un sentiment vrai de l'art. — Il n'y a pas trace d'intérêt et d'intelligence pour l'art dans la littérature latine, tandis que la littérature grecque offre nombre de passages témoignant de l'un et de l'autre. — Les deux littératures peu attentives à l'art contemporain.
Ces milliers d'artistes qui déployèrent leur activité durant les premiers siècles de l'empire romain, daùs toute l'étendue de celui-ci, il en est relativement très-peu dont les noms soient connus, et encore ne le sont-ils que grâce au soin de les avoir eux-mêmes inscrits sur leurs oeuvres. Dans la littérature, malgré les mentions fréquentes d'entreprises artistiques de tout genre, il n'est presque jamais parlé des artistes chargés de l'exécution. Cela s'explique en
partie par la condition subalterne des artistes dans la société du temps, mais aussi par la circonstance que la production artistique y était bien moins le fait d'individualités que celui d'associations, dans lesquelles l'individu, n'étant que comme l'anneau d'une chaîne ou l'instrument d'une corporation, ne formait pas l'objet d'une attention particulière- D'un autre côté les arts, comme on l'a montré plus haut, n'avaient pas, pour la civilisation romaine, d'importance et dé valeur par eux-mêmes, mais seulement comme un moyen, indispensable pour atteindre à des fins importantes et généralement poursuivies avec une persistante fixité. Enfin, la production artistique de la période qui nous occupe paraissait, au jugement des contemporains, moindre qu'à nous, parce qu'ils y appliquaient la mesure fournie par les créations du temps de la grande floraison de l'art hellénique. Le manque d'originalité véritable dans l'art postérieur, l'affaiblissement du souffle de l'esprit cédant devant la forme, jusque dans ses produits les plus éclatants, les plus imposants et les plus gracieux, tout cela devait être très-sensible, même pour une intelligence très-imparfaite, à une époque où il y avait encore une si grande abondance d'œuvres du siècle qui avait commencé par Phidias et fini par Lysippe. On comprend ainsi parfaitement que l'intérêt artistique, à cette époque, se tournât avec une grande prédilection vers le passé. Mais cet intérêt différait aussi totalement, alors même, de nature et d'intensité, dans le monde romain et le monde hellénique. C'est là précisément un domaine sur lequel la diversité de leurs deux civilisations, dans les parties où elles ne s'étaient pas encore fondues, est le mieux appréciable, même pour nous.
On sait comment les campagnes victorieuses des Ro-