LIVRE IX. LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN
mains dans les pays de la langue grecque, depuis la prise de Syracuse, en l'an 212 avant Jésus-Christ, puis le pillage continu exercé, durant une période subséquente de deux siècles et demi, par les généraux, les gouverneurs et les empereurs jusqu'à Néron, remplirent Rome, à tel point qu'elle en regorgeait, d'une multitude incroyable de chefs-d'œuvre des plus variés et des plus parfaits de l'art helléniqne 1 . L'impression causée par cette réunion de chefs-d'œuvre sans pareille, et à laquelle les indifférents, les récalcitrants même, ne pouvaient entièrement se dérober, fut ensuite complétée par celles des voyages que les Romains, depuis le sac de Corinthe, prirent de plus en plus l'habitude de faire en Grèce, pour leur plaisir et pour leur instruction. Enfin, les Romains se voyaient aussi portés, de mille manières, vers les beaux-arts par la littérature grecque, qui arrivait à être de plus en plus reconnue comme la base de toute éducation supérieure. Rien ne dit, il est vrai, que les ouvrages originaux grecs, traitant des beaux-arts, et que Pline le Naturaliste a en partie utilisés dans sa description du monde, fussent beaucoup lus par les Romains. Cependant, la littérature épigrammatique et la rhétorique des Grecs contribuèrent, certainement, à répandre les connaissances et les jugements artistiques. Les écrivains grecs, qui s'étaient fait une spécialité de la théorie de l'art oratoire, et qui restèrent les sources et les guides, sans cesse utilisés et consultés par les Romains, pour cette science dominante du système d'éducation de ces derniers, aimaient à comparer les formes du développement et leâ divers genres de style de l'éloquence avec ceux des beaux-arts, ainsi qu'à em-
1 Marquardt, Manuel, V, 2, 209, etc.
prunter les expressions techniques en usage dans ceux-ci, pour leur propre terminologie. Or, tout cela fut également adopté par les Romains qui écrivirent sur l'art oratoire, et propagé ultérieurement par leurs écrits. Puis, la poésie épigrammatique, cultivée beaucoup en Grèce, depuis A^xandre le Grand surtout, s'est occupée (les beaux-arts avec une prédilection marquée, et appliquée à rendre l'impression que faisaient les œuvres importantes, soit par des descriptions qui les glorifient, soit par des pointes, des badinages et des jeux de mots plus ou moins spirituels. Nombre de ces pofites ont séjourné, dans les derniers temps de la république, ainsi que dans les premiers temps de l'empire , au moins passagèrement , à Rome, où ils trouvaient une matière inépuisable et un stimulant perpétuel pour ce genre de poésie en miniature, et Ton comprend que les Romains, ayant peu de temps, et encore moins le goût des études artistiques, profitassent volontiers de l'occasion de s'orienter sans peine aucune, sur les sujets d'œuvres dont on parlait beaucoup, à l'aide de pareils traits et jugements, brefs et caractéristiques, passant de bouche en bouche, n'eussent-ils qu'une apparence de justesse, sans portée réelle. Le fait qu'il en était souvent ainsi, appert des jugements, en matières d'art, rapportés par Pline l'Ancien, et dont la plupart n'ont pas d'autre source que précisément ces épigrammes grecques. Peut-être même Pline en avait-il trouvé un recueil tout fait, dans l'ouvrage du sculpteur Pasitèle sur les chefs-d'œuvre de l'art les plus célèbres du monde 1 .
1 Jahn, Jugements de Pline en matières d'art, dans les Rapports de la Société saxonne, 1850, p. 121, etc. (en allem.), et Benndorf, De anthol. gr. epigr. quœ ad artes spectant, Bonn, 1862, p. 5 et 52 à 65.