‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 171 sur 218 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS i/EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS i/EMPIRE ROMAIN

quel il avait voué un culte passionné \ Martial qui savait, au besoin, contempler avec respect même des reliques telles qu'une planche du navire des Argonautes, trouvait pourtant insupportable d'être obligé d'entendre dé-^ biter, à table, les «généalogies enfumées » des coupes d'argent posées devant les convives, et dont on se plaisait à faire remonter l'origine jusqu'à Nestor, Achille ou Didon, accusés d'en avoir été les premiers possesseurs \

En présence de tableaux et de sculptures, ceux qui les regardaient, couraient probablement, assez souvent aussi, la chance de s'en faire raconter les vicissitudes antérieures. Le petit Hercule de Lysippe, dans le musée de Nonius Vindex, passait pour avoir appartenu, successivement, à Alexandre le Grand, à Annibal et à Sylla 8 .

Il est probable que les collectionneurs avaient aussi, plus que tous les autres hommes, la prétention de passer pour connaisseurs, et Trimalcion lui-même déclare qu'il ne renoncerait pas à cette qualité, pour tout l'argent du monde. Mais, comme dans tous les temps, cette prétention était plus commune que la connaissance réelle. Denys d'Halicarnasse, qui était plus au fait des choses de l'art que la plupart des Romains, ne paraît avoir reconnu qu'à des artistes, et encore seulement à ceux qui en avaient une longue expérience, le talent de désigner les auteurs d'œuvres anonymes, et de distinguer les copies des originaux*. Cependant Nonius Vindex, d'après Stace 5 , avait

* Dion Cassius, LXXV1I, 7.

«Martial, VII, 19, et VIII, 6.

* Stace, Silves, IV, 6.

4 Denys d'Halicarnasse, De vi Demosth., c. l, p. 1108; De Dinar cho, c. vu, p. 644.

s Silves, IV, 6, 29.

le premier comme personne ne l'eut. Damasippe s'était, ainsi que le lui fait dire Horace *, appliqué à reconnaître le véritable bronze de Corinthe, à juger des défauts de la ciselure ou des aspérités de la fonte d'un objet, et à fixer le prix d'une statue ; il se donne aussi, en s'attribuant ce dernier talent, pour connaisseur, car certainement les connaisseurs devaient, alors comme aujourd'hui, aimer à faire parade de leur savoir dans la spécialité, en taxant les œuvres d'art*. Mais les amateurs et les enthousiastes, dont il est souvent fait mention, et que l'on qualifiait de fous du point de vue stoïcien, comme de celui de la rigidité,' romaine , étaient naturellement plus nombreux que les connaisseurs 8 . Les adversaires de la culture hellénique avaient déjà fait un reproche à Marcellus d'avoir, par l'appât séducteur du butin de son triomphe de Syracuse, fait tomber ses compatriotes dans le travers de perdre leur temps en bavardages spirituels sur l'art*. Il n'était pas rare, à ce qu'il paraît, que des esclaves, les esclaves grecs surtout, probablement à force de contempler les œuvres d'art, accessibles à tout le monde et dont il y avait une telle surabondance à Rome, négligeassent leurs devoirs ; car, dans son énumération des défauts d'esclave, que le vendeur est tenu d'accuser, le jurisconsulte Vénuléjus indique, comme défauts de l'esprit, à €Ôté de la manie de courir les spectacles et de l'habitude du mensonge, aussi la manie de regarder sans cesse les tableaux 1 .

* Sa*., II, 3, 20 à 23.

* Detmold, L'art de devenir en trois heures connaisseur en matières d'art (brochure allemande).

3 Gicéron, Paradoxes, 5, 2; Horace, Sat.> 7, 95; Sénèque, Lettres, 115,8.

4 Plutarque, Marcellus, eh. xxi.

'Digeste, XXI, 1, 65.

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